Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404422

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Gafsia, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur la demande de renouvellement de titre de séjour qu'elle a déposée le 14 septembre 2023 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de sept jours suivant le prononcé de l'ordonnance à intervenir, de réexaminer sa situation et de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa requête est recevable, dès lors que la décision en litige fait l'objet, par ailleurs, d'une requête en annulation ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : alors qu'elle est en droit d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe d'un Français et qu'elle a accompli des démarches en ce sens, elle se trouve maintenue dans une situation précaire, faute de pouvoir exercer une activité professionnelle pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, notamment de son enfant de nationalité française ; il est porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; elle est exposée au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à tout moment ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :

*cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors que l'autorité administrative n'a pas exercé son pouvoir discrétionnaire pour examiner son droit au séjour ;

*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie, dès lors que : la requérante s'est placée elle-même dans la situation qu'elle invoque en ne se présentant pas au rendez-vous qui lui avait été fixé le 6 juin 2023 pour le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour et en déposant ensuite, au moyen du téléservice ANEF, une demande incomplète et erronée qui a été " clôturée " pour ce motif ; elle a, en tout état de cause, été convoquée à un rendez-vous en préfecture fixé le 23 avril 2024 à 11h00 pour le dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour.

Vu :

-la requête n° 2403855 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 26 avril 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, juge des référés ;

-les observations de Me Gafsia, représentant Mme C, absente, qui a conclu au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension, ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et au maintien des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en faisant valoir que : les conclusions à fin de suspension et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte sont devenues sans objet, dès lors que la requérante a été convoquée, par un courriel du 16 avril 2024, à un rendez-vous en préfecture qui a eu lieu le 23 avril suivant et à l'issue duquel elle s'est vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle jusqu'au 22 octobre 2024 ; la requérante n'entend pas se désister pour autant de ces conclusions ; la requérante ne s'est pas placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque, dès lors qu'elle n'a pu ouvrir avant le 25 août 2023 le lien permettant d'accéder à la convocation au

rendez-vous en préfecture qui lui a été fixé le 6 juin 2023 et que la nouvelle demande qu'elle a déposée le 14 septembre 2023 au moyen du téléservice ANEF était complète ; en outre, si tel n'avait pas été le cas, l'administration aurait alors été tenue de l'inviter à la compléter ;

-et les observations de Me Faugeras, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Mme C, qui est de nationalité camerounaise, a déposé le 14 septembre 2023, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dénommé " ANEF ", une demande de renouvellement de son dernier titre de séjour, à savoir un visa de long séjour lui ayant conféré jusqu'au 7 mars 2023, en sa qualité de conjointe d'un Français, les droits attachés à la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par la préfète du Val-de-Marne.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme C s'est vu remettre le 23 avril 2024, soit postérieurement à l'introduction de l'instance, un document provisoire qui lui permet de séjourner en France et d'y exercer une activité professionnelle jusqu'au 22 octobre 2024. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à priver totalement d'objet les conclusions à fin de suspension et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée, dès lors que la décision en litige n'a pas pour autant été retirée ou abrogée et qu'elle continue par conséquent de produire ses effets. Dans ces conditions, les conclusions à fin de non-lieu à statuer qui ont été présentées lors de l'audience publique, et qui ne peuvent, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardées comme équivalant à un désistement, dès lors que la requérante a expressément déclaré qu'elle n'entendait pas se désister de la demande qu'elle a formulée au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte dont elle a assorti cette demande, ne peuvent qu'être rejetées.

4. D'autre part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet en litige, Mme C fait valoir qu'alors qu'elle est en droit d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe d'un Français et qu'elle a accompli des démarches en ce sens, elle se trouve maintenue dans une situation précaire, faute de pouvoir exercer une activité professionnelle pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, notamment de son enfant de nationalité française, qu'il est porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, qu'elle est exposée au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à tout moment et que, contrairement à ce que prétend la préfète du Val-de-Marne en défense, elle ne s'est pas placée elle-même dans cette situation. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 3, l'intéressée s'est vu remettre, le 23 avril 2024, un document provisoire qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle jusqu'au 22 octobre 2024. Or cette circonstance est de nature à renverser la présomption mentionnée au point précédent, à supposer même que la requérante puisse en bénéficier en l'espèce, et fait plus généralement obstacle à ce que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme remplie à la date de la présente ordonnance. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre condition posée au même article, Mme C n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète sur sa demande de renouvellement de titre de séjour du

14 septembre 2023. Il ne saurait, par conséquent, être fait droit à ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ni à celles relatives aux frais liés au litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 23 mai 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,