Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404673

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 15 avril et le 2 mai 2024,

M. B A, représenté par Me Tcholakian, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du

Val-de-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée le

20 septembre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie, alors en outre que faute de justificatif de la régularité de sa situation, France Travail l'a radié de la liste des demandeurs d'emploi à compter du 30 janvier 2024 ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, à défaut d'une réponse dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande de titre, reçue le 5 février 2024 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- malgré la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction, il fait toujours l'objet d'une décision implicite de rejet de sa demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle fait valoir qu'une attestation de prolongation d'instruction a été mise à la disposition de M. A, valable jusqu'au 21 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 mai 2024 à 10h00 en présence de

Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.

M. A n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-lieu à statuer opposée en défense :

1. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que les conclusions présentées par

M. A auraient perdu leur objet, en conséquence de la délivrance au requérant d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 21 juillet 2024. Toutefois, un tel document ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour du requérant mais lui permet simplement de justifier de la régularité de son séjour pendant quelques mois, le temps de l'instruction de cette demande. En conséquence, la délivrance d'un récépissé ne saurait être regardée comme retirant ou abrogeant la décision implicite par laquelle la préfète a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A. Il s'ensuit que la fin de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. M. A, ressortissant sénégalais né le 28 novembre 1986 à Pikine (Sénégal), entré en France le 30 novembre 2012 sous visa Schengen, s'est marié le 12 juin 2021 avec une ressortissante française. Le 1er décembre 2022, le requérant a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dont il a demandé le renouvellement sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF) le 20 septembre 2023. M. A demande la suspension des effets du rejet implicite de cette demande.

4. Pour justifier de l'urgence de sa demande, M. A soutient que faute de justificatif de la régularité de son séjour, il a été radié de la liste des demandeurs d'emploi à compter du 30 janvier 2024. Toutefois, la préfète du Val-de-Marne fait valoir que, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, M. A a été rendu destinataire d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 21 juillet 2024. Le requérant, qui n'était ni présent ni représenté à l'audience, ne conteste pas avoir eu un accès effectif à ce document sur son compte ANEF. Il s'ensuit qu'à la date de notification de la présente ordonnance, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite de délivrance d'un titre de séjour présentée par le requérant.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés, La greffière,

Signé : C. Letort Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,