Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404813
vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2404813 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, le préfet de Seine-et-Marne demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner sans délai l'expulsion de M. A du centre d'hébergement pour demandeur d'asile de Dammarie-les-Lys ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour l'intéressé de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour prononcer une injonction de quitter les lieux à l'encontre d'un occupant irrégulier d'un centre d'hébergement pour demandeur d'asile en vertu de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le démantèlement de la lande de Calais et les différents squats des grandes agglomérations conduisent à l'orientation de nombreuses personnes dans les dispositifs d'accueil des demandeurs d'asile d'Île-de-France, alors que les places dans les centres d'hébergement de Seine-et-Marne sont occupées à 100% ;
- les personnes qui se maintiennent sans titre dans un centre d'hébergement pour demandeur d'asile compromettent le fonctionnement normal de l'organisme en charge de l'accompagnement des demandeurs d'asile, qui ne peut assurer sa mission d'égal accès à ses usagers ;
- M. A se maintient dans les lieux malgré l'expiration du délai imparti par la mise en demeure de les quitter.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 et le 13 mai 2024, M. B A doit être entendu comme concluant au non-lieu à statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'il ne pouvait pas sortir de l'hébergement en litige pour des raisons de santé, qu'il a quitté ce dernier le 20 avril 2024 et est désormais pris en charge par le 115 dans un hébergement d'urgence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 14 mai 2024 à 14h00 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- et les observations de M. A, qui fait valoir qu'il est diabétique et bénéficie d'un titre de séjour délivré pour ce motif, que son assistante sociale lui avait conseillé d'attendre jusqu'à ce qu'elle trouve une autre solution d'hébergement dès lors qu'il a besoin de conserver son insuline au froid, et qu'il était hospitalisé lors de l'arrivée du dernier courrier.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Il incombe au juge administratif, saisi d'un litige relatif à l'expulsion d'un occupant d'un logement situé dans une résidence gérée par un CROUS, de prendre en compte, d'une part, la nécessité d'assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public dont cet établissement public a la charge et, d'autre part, la situation de l'occupant en cause ainsi que les exigences qui s'attachent au respect de sa dignité et de sa vie privée et familiale. Il en va notamment ainsi lorsque, saisi d'une demande d'expulsion en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés apprécie, pour décider s'il y a lieu d'y faire droit, si les conditions d'utilité et d'urgence posées par cet article sont remplies.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". Selon l'article L. 552-15 de ce code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu./ Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire ()./ La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile qui n'a plus cette qualité, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de l'instruction que M. A a présenté une demande d'asile le 10 février 2023 et a été pris en charge au sein du centre d'hébergement pour demandeur d'asile de Dammarie-les-Lys. Par une décision du 23 juin 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile présentée par M. A. Le 26 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la sortie de M. A de son hébergement le 31 mars suivant. Par une décision du 18 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a mis M. A en demeure de quitter son hébergement au plus tard le 1er avril suivant.
6. Toutefois, M A fait valoir qu'il a quitté le centre d'hébergement de Dammarie-les-Lys le 20 avril 2024, soit postérieurement à l'enregistrement de la requête, et démontre bénéficier désormais d'un hébergement d'urgence pris en charge par le samu social de Paris. Dans de telles conditions, les conclusions du préfet de Seine-et-Marne tendant à l'expulsion de M. A du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile de Dammarie-les-Lys sont dépourvues d'objet, et la fin de non-lieu à statuer opposée en défense doit être accueillie.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête du préfet de Seine-et-Marne.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.
La juge des référés, Le greffier,
Signé : C. Letort Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne le ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,