Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404867
vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2404867 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés le 18 avril et les 13 et 16 mai 2024, Mme C, représentée par Me Rosin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de modifier l'injonction prononcée par l'article 3 de l'ordonnance n° 2308303 par une injonction de réexaminer sa situation administrative dans le délai de sept jours en prenant une nouvelle décision expresse sur son droit au séjour, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros hors taxe, à verser à Me Rosin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement.
Elle soutient que :
- l'administration préfectorale était tenue de la munir d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que sa requête soit jugée au fond ou jusqu'à l'édiction d'une nouvelle décision sur sa demande, or elle est dépourvue de tout justificatif de la régularité de son séjour depuis le 9 avril 2024, ce qui a pour conséquence de menacer son emploi ;
- les services préfectoraux n'ont toujours pas procédé au réexamen de sa demande de titre, alors que le délai de deux mois imparti par l'ordonnance est arrivé à échéance le 25 octobre 2023 ;
- de telles circonstances sont constitutives d'un élément nouveau justifiant que les mesures initialement ordonnées soient modifiées afin d'en obtenir pleine exécution ;
- elle se désiste de ses conclusions tendant à la remise d'une autorisation provisoire de séjour, en conséquence de la remise d'un tel document le 6 mai dernier, mais maintient ses conclusions aux fins d'injonction au réexamen de sa situation administrative, que l'administration passe sous silence ;
- le nouvel examen de sa demande doit être effectué au regard du moyen ayant servi de fondement à l'ordonnance de suspension, qui ne reposait pas sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre sur sa situation personnelle, par conséquent la demande de la préfecture relative à la production d'un nouveau certificat médical est dilatoire ;
- le montant de l'astreinte doit être suffisamment comminatoire afin de garantir l'exécution complète de l'ordonnance du 24 août 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 15 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Elle fait valoir que :
- Mme A a été convoquée par ses services le 6 mai 2024 et a obtenu la délivrance d'une nouvelle autorisation provisoire de séjour ;
- lors d'une précédente convocation en date du 10 janvier 2024, il a été demandé à Mme A ne déposer à nouveau les éléments relatifs à son statut de malade, ce dont elle s'est abstenue dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a reçu aucun certificat médical de sa part.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 14 mai 2024 à 14h00 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions selon les mêmes moyens.
La requérante n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été différée au 16 mai 2024 à 17h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".
3. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 10 juillet 1973 à Divo (Côte d'Ivoire), entrée en France au cours du mois d'août 2008, a présenté le 26 octobre 2010 une demande de titre de séjour fondée sur son état de santé, délivré le 9 mars 2011 et régulièrement renouvelé jusqu'au 31 mars 2022. Par une ordonnance n° 2308303 du 24 août 2023, le juge des référés du présent tribunal a prononcé l'exécution de la décision du 20 juin 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de renouvellement de titre présentée par la requérante, a enjoint à la préfète de réexaminer cette demande dans le délai de deux mois, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de dix jours à compter de sa notification. Mme A demande en dernier lieu, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier l'injonction prononcée par l'article 3 de cette précédente ordonnance par une injonction de réexaminer sa situation administrative dans le délai de sept jours en prenant une nouvelle décision expresse sur son droit au séjour, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
4. Il résulte de l'instruction que le juge des référés de ce tribunal a prononcé la suspension de l'exécution du refus de titre du 20 juin 2023 et a assorti cette mesure d'une injonction de réexamen de la situation de Mme A, dans le délai de dix jours à compter de sa notification. Si l'ordonnance du 24 août 2023 repose sur l'existence d'un doute sérieux fondé sur le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre sur la situation personnelle de la requérante, il ne ressort pas des termes de l'injonction prononcée qu'elle aurait nécessairement impliqué un réexamen de la situation de Mme A excluant la question de l'état de santé de la requérante, alors que la demande de titre dont le refus a été prononcé était initialement fondée sur la persistance de la pathologie pour laquelle Mme A a bénéficié de la délivrance de plusieurs titres de séjour mention " vie privée et familiale ". Par conséquent, en faisant valoir que Mme A a été convoquée par ses services le 10 janvier 2024 et invitée à adresser un nouveau dossier médical au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, circonstances dont la réalité n'est pas contestée par la requérante, la préfète du Val-de-Marne justifie avoir procédé à l'exécution de l'injonction prononcée par l'ordonnance du 20 juin 2023.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés, Le greffier,
Signé : C. Letort Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,