Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405010
vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405010 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2024, Mme B A, représentée par Me A, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 avril 2024 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France lui a refusé le bénéfice des aménagements sollicités pour les épreuves du brevet de technicien supérieur " Management commercial opérationnel " ;
2°) d'enjoindre au directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France de lui accorder le tiers-temps sollicité pour les épreuves du brevet de technicien supérieur, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 112-4 du code de l'éducation ;
- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts en ce qu'elle repose sur le motif que sa demande d'aménagement des épreuves du brevet de technicien supérieur a été formulée hors délai.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une lettre du 24 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 24 mai 2024 sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction est intervenue, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, à l'émission de l'avis d'audience le 24 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dutour, conseillère,
- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,
- et les observations de Me Itela, substituant Me A, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Inscrite en deuxième année de brevet de technicien supérieur spécialité " Management commercial opérationnel " à l'Institut pour le développement et la recherche d'action commerciale (IDRAC) Business School, Mme A a sollicité un aménagement des épreuves d'examen pour la session 2024 à laquelle elle s'est inscrite le 2 novembre 2023. Par décision du 3 avril 2024, le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a rejeté la demande d'aménagement d'épreuves de l'intéressée. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 novembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Ile-de-France le lendemain, le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a donné délégation à Mme C aux fins de signer en son nom les décisions relevant de sa compétence en sa qualité de cheffe de la division de l'enseignement supérieur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 3 avril 2024 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ". En application de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. En l'espèce, la décision en litige mentionne les textes applicables, notamment les dispositions du code de l'éducation, et indique que la demande de Mme A a été présentée " hors délai " et que sa situation " ne comporte pas d'éléments susceptibles de répondre aux exigences formulées à l'article L. 112-4 " de ce code et donc " ne justifie pas la mise en place d'aménagements particuliers ". Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 112-4 du code de l'éducation : " Pour garantir l'égalité des chances entre les candidats, des aménagements aux conditions de passation des épreuves orales, écrites, pratiques ou de contrôle continu des examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur, rendus nécessaires en raison d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, sont prévus par décret. Ces aménagements peuvent inclure notamment l'octroi d'un temps supplémentaire et sa prise en compte dans le déroulement des épreuves, la présence d'un assistant, un dispositif de communication adapté, la mise à disposition d'un équipement adapté ou l'utilisation, par le candidat, de son équipement personnel ". Selon l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ". En vertu de l'article D. 112-1 du code de l'éducation : " Afin de garantir l'égalité de leurs chances avec les autres candidats, les candidats aux examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur qui présentent un handicap tel que défini à l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles bénéficient des aménagements rendus nécessaires par leur situation, dans les conditions définies aux articles D. 351-27 à D. 351-32 en ce qui concerne l'enseignement scolaire et aux articles D. 613-26 à D. 613-30 en ce qui concerne l'enseignement supérieur. / Ces aménagements portent sur tous les examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur organisés par le ministre chargé de l'éducation et le ministre chargé de l'enseignement supérieur ou par des établissements sous tutelle ou services dépendant de ces ministres. / Ils peuvent porter sur toutes les formes d'épreuves de ces examens ou concours, quel que soit le mode d'évaluation des épreuves et, pour un diplôme, quel que soit son mode d'acquisition. / Ils peuvent, selon les conditions individuelles, s'appliquer à tout ou partie des épreuves ".
6. D'autre part, aux termes de l'article D. 613-26 du code de l'éducation : " Les candidats aux examens ou concours de l'enseignement supérieur organisés par le ministre chargé de l'enseignement supérieur et par le ministre chargé de la culture, ainsi que par le ministre de la défense pour ce qui concerne les écoles d'ingénieurs sous tutelle de la direction générale de l'armement du ministère de la défense, qui présentent un handicap peuvent bénéficier d'aménagements portant sur : / 1° Les conditions de déroulement des épreuves, de nature à leur permettre de bénéficier des conditions matérielles ainsi que des aides techniques et humaines appropriées à leur situation ; / 2° Une majoration du temps imparti pour une ou plusieurs épreuves, qui ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d'elles. Toutefois, cette majoration peut être allongée, eu égard à la situation exceptionnelle du candidat, sur demande motivée du médecin et portée dans l'avis mentionné à l'article D. 613-27 ; / 3° La conservation, durant cinq ans, des notes à des épreuves ou des unités obtenues à l'examen ou au concours ainsi que, le cas échéant, le bénéfice d'acquis obtenus dans le cadre de la procédure de validation des acquis de l'expérience fixée à la section 2 du présent chapitre ; / 4° L'étalement sur plusieurs sessions du passage des épreuves ; / 5° Des adaptations ou des dispenses d'épreuves, rendues nécessaires par certaines situations de handicap, dans les conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur, du ministre chargé de la culture ou du président ou directeur de l'établissement ". L'article D. 613-27 du même code précise que : " Les candidats sollicitant un aménagement des conditions d'examen ou de concours adressent leur demande à l'un des médecins désignés par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. / La demande doit être formulée au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen ou au concours concerné, sauf dans le cas où la situation de handicap s'est révélée ou s'est modifiée après cette échéance. / Le médecin rend un avis, qui est adressé au candidat et à l'autorité administrative compétente pour organiser l'examen ou le concours, dans lequel il propose des aménagements. L'autorité administrative décide des aménagements accordés et notifie sa décision au candidat ".
7. Il résulte de ces dispositions que les candidats souhaitant bénéficier d'un aménagement d'épreuves en raison d'un handicap ou d'un trouble de santé invalidant doivent en faire la demande au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen en cause, sauf dans le cas où sa situation de handicap s'est révélée ou s'est modifiée après cette échéance et qu'il appartient à l'autorité administrative qui organise l'examen ou le concours de statuer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur cette demande au vu de l'avis du médecin désigné par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. Les aménagements d'épreuves qui ont été accordés doivent être respectés.
8. Si Mme A souffre d'une dyslexie-dysorthographie qui pourrait justifier la mise en place d'aménagements spécifiques pour des épreuves d'examen, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa demande d'aménagement comportant l'avis du médecin désigné par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées n'a été envoyée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France que le 27 mars 2024 soit après le délai d'inscription à l'examen du brevet de technicien supérieur organisé au titre de la session 2024 fixée au 15 novembre 2023. Si elle soutient qu'elle avait, dès son inscription le 2 novembre 2023, manifesté sa volonté de bénéficier d'aménagements, elle ne conteste pas n'avoir fait parvenir sa demande complète que le 27 mars 2024. De plus, si elle soutient que son retard serait dû à un dysfonctionnement des services de l'établissement d'enseignement dans lequel elle est inscrite, elle ne l'établit pas. Les moyens tirés de l'erreur d'appréciation tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 112-4 du code de l'éducation et de l'erreur de fait, dès lors que sa demande d'aménagement des épreuves du brevet de technicien supérieur a été formulée hors délai, doivent être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Blanc, conseillère,
Mme Dutour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
L. DUTOURLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière