Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405037

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2024, Madame B A, représentée par Me Leboul, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :

1°) de prononcer la liquidation de l'astreinte et en fixer le montant tel que l'a prévu l'ordonnance n° 2310924 du 30 novembre 2023, soit à la somme de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de trois jours à compter de la notification de ladite ordonnance ; ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité ivoirienne, elle a sollicité son admission au séjour pour raisons de santé le 16 juillet 2019, qu'en raison du silence de la préfète du Val-de-Marne, elle a saisi le tribunal d'une demande d'annulation de la décision implicite de rejet opposée à sa demande, assortie d'une demande de suspension, à laquelle il a été fait droit par une ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 14 juin 2022 qui a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à l'intervention du jugement au fond, qu'elle a eu des autorisations de travail valables du 27 juin au 26 décembre 2022, puis du 3 janvier au 25 juin 2023, qu'elle a sollicité le renouvellement de cette dernière autorisation, ce qui lui a été refusé le 26 juin 2023, que son dossier en qualité d'étranger malade est toujours à l'instruction de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'elle est en situation irrégulière et que son employeur a interrompu son contrat de travail, et que par une ordonnance du 30 novembre 2023, le juge des référés du présent tribunal a porté l'astreinte à la somme de 100 euros par jour de retard passé un délai de sept jours, que cette ordonnance n'a jamais été exécutée et qu'il convient donc de liquider l'astreinte.

Le 3 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne a communiqué une pièce, à savoir un récépissé de demande de titre de séjour, non signé, n'autorisant pas sa titulaire à travailler et ne comportant aucune photo.

Par un mémoire en réplique enregistré le 6 mai 2023, Madame B A, représentée par Me Leboul, conclut aux mêmes fins.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des juridictions financières ;

- l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal (requête n° 2204971) du 14 juin 2022, telle que modifiée par l'ordonnance du 30 novembre 2023 (requête n° 2310924) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 7 mai 2024, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence de l'intéressée et de la préfète du

Val-de- marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'ordonnance susvisée du 12 juin 2022, le juge des référés du présent tribunal, après avoir suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne avait refusé de délivrer à Madame B A, ressortissante ivoirienne née le 1er juillet 1972 à Daloa, un titre de séjour en qualité de malade, a enjoint à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention du jugement de la requête enregistrée le 18 mai 2022. Si la préfète du Val-de-Marne a bien remis à l'intéressée deux autorisations provisoires de séjour dont la dernière arrivait à échéance le 26 juin 2023, elle a refusé de renouveler la dernière de ces autorisations. Par une ordonnance du 30 novembre 2023, l'injonction prononcée le 12 juin 2022 a été assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de trois jours suivant sa notification. La préfète du Val-de-Marne n'a pas exécuté cette ordonnance. Par sa requête enregistrée le 22 avril 2024, Madame A demande donc au tribunal de liquider l'astreinte prononcée le 30 novembre 2023, soit pour une durée de 175 jours à la date de la présente ordonnance. Par un jugement du 4 avril 2024, le présent tribunal a annulé la décision implicite opposée par la préfète du Val-de-Marne à la demande de titre de séjour de Madame A, lui a enjoint de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

3. Aux termes de l'article L. 131-1 du code des juridictions financières : " Est justiciable de la Cour des comptes au titre des infractions mentionnées à la section 2 du présent chapitre : () 2° Tout fonctionnaire ou agent civil ou militaire de l'Etat, des collectivités territoriales, de leurs établissements publics ainsi que des groupements des collectivités territoriales ; () ". Aux termes de l'article L. 131-14 du même code : " Tout justiciable au sens des articles L. 131-1 et L. 131-4 est passible des sanctions prévues à la section 3 : () 2° En cas de manquement aux dispositions des I et II de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public ".

4. Il est constant que la préfète du Val-de-Marne n'a pas exécuté l'ordonnance du

12 juin 2022 à compter du 26 juin 2023, y compris après qu'une astreinte ait été prononcée par l'ordonnance susvisée du 30 novembre 2023, effective à compter du 4 décembre 2023. Par ailleurs, le jugement au fond de la requête ayant donné lieu à l'ordonnance du 12 juin 2022 a été rendu par le présent tribunal le 4 avril 2024, la confirmant en tous ses points, et assortissant l'injonction de délivrance d'un titre de séjour à Madame A d'une astreinte de 150 jours par jour de retard à compter du 4 juin 2024.

5. La préfète du Val-de-Marne, qui n'a présenté aucun mémoire en défense aussi bien dans le cadre de l'instance ayant donné lieu à l'ordonnance du 14 juin 2022 que dans la présente instance, se contentant uniquement de communiquer une copie de récépissé de titre de séjour, datée du 3 mai 2024 et valable jusqu'au 2 août 2024, non signé, ne permettant pas à la requérante de travailler et ne comportant pas de photo, n'a fait état d'aucune difficulté particulière s'opposant à cette exécution depuis la notification de l'ordonnance du 30 novembre 2023.

6. Dans ces conditions, en raison de cette carence de la préfète du Val-de-Marne dans l'exécution de cette ordonnance, il y a lieu de prononcer la liquidation partielle de l'astreinte fixée par le juge des référés à la somme de 100 euros par jour de retard, pour la période du 4 décembre 2023 au 22 avril 2024, soit pour une durée de 140 jours. Il y a donc lieu de fixer le montant de l'astreinte à liquider à hauteur de la somme de 14.000 euros.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'État (préfète du Val-de-Marne) le versement d'une somme de 1.500 euros à Madame A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) est condamné à verser à Madame B A une somme de 14.000 euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2310924 du 30 novembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Melun.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1.500 euros à Madame A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne et au ministère public près la Cour des Comptes.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2405037