Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405077

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2024, M. B A, représenté par Me Rosin, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du

Val-de-Marne a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié ;

3°) d'enjoindre à titre principal au préfet territorialement compétent de lui délivrer à titre provisoire une carte de résident valable dix ans dans un délai de quinze jours sous astreinte de

150 euros par jour de retard, à titre secondaire de réexaminer et statuer sur sa demande de titre de séjour sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de le munir d'un document provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros hors taxe en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 à verser à son conseil ; en cas de refus de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

Sur la recevabilité :

- il a bien déposé un dossier complet de demande de carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a pas été informé des délais et voies de recours ni a eu une connaissance acquise d'une décision implicite concernant sa demande ; le délai raisonnable d'un an n'était pas échu à l'introduction de la requête.

Sur l'urgence :

- le délai de délivrance est de trois mois après la reconnaissance de la qualité de réfugié ; il attend depuis quatorze mois et est maintenu dans une situation de précarité administrative ; il ne dispose d'aucun document depuis le 5 avril 2024 permettant de justifier de la régularité de son séjour alors qu'il avait bénéficié de deux attestations de prolongation d'instruction ; la décision compromet ses efforts d'intégration professionnelle ; atteint du VIH, la décision l'empêche de poursuivre ses démarches auprès de la maison des personnes handicapées.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-3 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues : il remplit l'ensemble des conditions prévues par ces articles.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau conclut au non-lieu à statuer.

Elle soutient que :

- une attestation de prolongation d'instruction jusqu'au 2 août 2024 a été communiquée au requérant ; il n'est donc plus dans une situation d'urgence ; la demande au titre des frais irrépétibles sera rejetée.

Par un mémoire en réplique enregistré le 13 mai 2024, M. A se désiste de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction et maintient ses conclusions relatives aux frais d'instance ; il s'étonne que la préfète n'apporte pas la moindre indication sur l'état du traitement de sa demande.

Vu :

- la décision attaquée du 14 juillet 2023 et la copie de la requête n° 2405080 aux fins d'annulation présentée contre cette décision ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience du 15 mai 2024, présenté son rapport, en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, et entendu les observations de Me Kerkeni, représentant la préfète du Val-de-Marne qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.

Le juge des référés a clos l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 4 août 1976 à Oran (Algérie), s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié par la Cour nationale du droit d'asile le 9 février 2023 ; il a déposé une demande de carte de résident le 14 mars 2023 et a bénéficié d'attestations de prolongation d'instruction du 14 mars 2023 au 5 avril 2024 ; cette attestation n'a pas été renouvelée depuis cette dernière date. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 14 juillet 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer une carte de résident sur ce fondement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; et l'article L. 522-1 dudit code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

4. Par un mémoire en réplique enregistré le 13 mai 2024, M. A a indiqué qu'il se désistait des conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Rien ne s'oppose à ce qu'il lui en soit donné acte.

Sur les frais de l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfète du Val-de-Marne) une somme de 2 500 euros qui sera versée à Me Rosin, conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée. En cas de rejet de l'aide juridictionnelle, cette somme sera versée directement à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte à M. A de son désistement des conclusions de sa requête, présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 2 : L'État (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 2 500 euros à Me Rosin, conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée. En cas de rejet de l'aide juridictionnelle, cette somme sera versée directement à

M. A.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Rosin.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,