Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405087

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, Mme C B A, représentée par Me De Sèze, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 4 mars 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder les conditions matérielles dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce depuis leur cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est établie selon la jurisprudence du CE ; elle est sans ressource ; elle n'a pas d'autorisation de travail ; son conjoint n'a pas de ressources suffisantes ; elle doit entamer un parcours de PMA ; sa situation de précarité l'en empêche ; elle présente une vulnérabilité particulière en qualité de femme isolée ; elle a subi des traitements inhumains et dégradants ; elle ne saurait être regardée comme s'étant placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque, l'OFII n'ayant pas pris en compte sa situation personnelle et familiale avant de lui proposer un hébergement qui impliquait la séparation avec son conjoint.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est insuffisamment motivée ; il n'est pas indiqué pourquoi la cessation est totale et ne peut être modulée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière eu égard à la résidence de son conjoint ; aucun certificat médical confidentiel ne lui a été remis ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 à L. 522-3, R. 522-1 et R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il appartiendra à l'OFII de démontrer que sa vulnérabilité a bien été prise en compte ;

- il appartient à l'OFII de démontrer que l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité a reçu une formation spécifique ;

- le questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 est illégal, ne prévoyant pas de question sur l'état de santé ;

- la décision est entachée d'examen sérieux, d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'absence de prise en compte de sa situation personnelle et

familiale ;

- elle ne comporte aucun choix entre une limitation et un retrait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le directeur général de l'OFII, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

Sur la recevabilité :

- la requérante a obtenu la protection subsidiaire par l'OFPRA par une décision du

18 mars 2024 notifiée le 11 avril 2024, la décision attaquée ne peut être regardée comme faisant grief ; elle ne peut pas prétendre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; à la date d'introduction de la requête le 24 avril 2024, elle n'est plus demandeur d'asile et ne peut plus bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

Sur l'urgence :

- la requérante bénéficie d'un droit au séjour en France et a la possibilité de travailler et de bénéficier des aides sociales ;

- elle s'est elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque, en ne rejoignant pas son lieu d'hébergement ;

- elle n'établit pas sa situation d'extrême précarité ;

- elle n'a transmis aucun justificatif à l'OFII permettant d'établir la stabilité de l'hébergement actuel de son compagnon ni le lien de parenté qui les unit ; elle a déclaré que le logement de ce dernier était précaire ;

- elle a accepté l'orientation régionale ; elle ne justifie pas lors de la demande de rétablissement de la stabilité de son hébergement ni de son lien de parenté ; elle n'est pas démunie de toute assistance pour subvenir à ses besoins ; elle bénéficie de l'accompagnement de la SPADA ;

- elle ne justifie pas d'une situation de vulnérabilité particulière.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision devra également être rejetée pour absence de doute sérieux.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 245089 par laquelle Mme B A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 15 mai 2024 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, M. Guillou a lu son rapport.

A l'issue de cette audience, le juge des référés a clos l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante soudanaise, née le 1er janvier 1999 à Kas (Soudan), est entrée en France le 22 juillet 2023 ; elle a déposé une demande d'asile en guichet unique le

31 août 2023 et a bénéficié à compter de cette date des conditions matérielles d'accueil ; n'ayant pas respecté ses obligations en ne rejoignant pas son lieu d'hébergement, le bénéfice des conditions lui a été suspendu ; elle en a demandé le rétablissement et sa demande a fait l'objet d'un refus par l'OFII le 4 mars 2024 ; par une décision du 18 mars 2024 notifiée le 11 avril 2024, l'OFII a accordé à l'intéressée le bénéfice de la protection subsidiaire. Par la présente requête

Mme B A demande au juge des référés la suspension de l'exécution de la décision du

4 mars 2024 lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide

juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; et l'article L. 522-1 dudit code dispose: " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur la recevabilité :

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A n'a plus la qualité de demandeur d'asile. En effet, la requérante a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 18 mars 2024 par décision de l'OFPRA notifiée le 11 avril 2024 comme l'indique la fiche TelemOfpra de la requérante ; ce changement de circonstance étant intervenu avant l'enregistrement de la présente requête du 24 avril 2024, la décision attaquée ne peut être regardée comme faisant grief à cette date. En effet, Mme B A n'ayant plus la qualité de demandeur d'asile, l'OFII ne peut, en tout état de cause, lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors la fin de non-recevoir soulevée en défense par l'OFII doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejeté.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Le juge des référés,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,