Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405182

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, Madame B A, représentée par Me Tordo, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour opposée à sa demande par le préfet de Seine-et-Marne

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1.800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité tunisienne, elle est entrée en France le 17 mars 2017, munie d'un visa de court séjour, qu'elle est l'épouse d'un compatriote, titulaire d'une carte de résident, qu'elle déposé le 7 juin 2022 du préfet de Seine-et-Marne son admission exceptionnelle au séjour en sollicitant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qu'elle n'a reçu aucune réponse, de sorte qu'une décision implicite de rejet est née le 7 octobre 2022, dont elle a demandé au préfet de lui communiquer les motifs le 20 mars 2024, sans obtenir de réponse.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle est maintenue en situation précaire et ne peut travailler, et sur le doute sérieux, que la décision en cause a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de motifs du 20 mars 2024, et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 29 avril 2024 au préfet de Seine-et-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024 sous le numéro 2405175, Madame A a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 22 mai 2024, tenue en présence de

Madame Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence de la requérante et du préfet de Seine-et-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B A, ressortissante tunisienne née le 2 avril 1987 à Sousse, entrée en France le 24 juillet 2017 munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires italiennes à Tunis, a rejoint en France son conjoint, épousé le 14 novembre 2015 en Tunisie, titulaire d'une carte de résident délivré par le préfet de Seine-et-Marne et valable jusqu'au 24 avril 2038. Elle a déposé le 7 juin 2022 en préfecture de Seine-et-Marne une demande admission exceptionnelle au séjour en tant que personne mariée avec un résident régulier. Elle n'a reçu aucune réponse de sorte qu'elle a considéré qu'une décision implicite de rejet avait été opposée à sa demande, dont elle a demandé au préfet de Seine-et-Marne de lui communiquer les motifs par une lettre reçue par l'administration le 26 mars 2024. Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, elle a demandé au tribunal l'annulation de cette décision implicite et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Madame A est entrée en France il y a près de sept ans, qu'elle a attendu presque cinq ans avant de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et qu'elle s'est volontairement maintenue sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa. De plus, elle n'est en mesure de faire valoir aucune proposition sérieuse d'emploi, la seule promesse d'embauche produite datant de décembre 2020 et n'établit pas non plus l'impossibilité pour son conjoint d'engager une procédure de regroupement familial à son profit.

5. Dans ces conditions, Madame A ne fait valoir aucune circonstance particulière caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente du jugement statuant sur la légalité de la décision implicite de rejet qui a été opposée par le préfet de Seine-et-Marne à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Madame A ne pourra qu'être rejetée, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,