Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405198
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. C A, représenté par
Me Caillet, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 14 mars 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, dans un délai de quinze jours, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; dans l'hypothèse où sa demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, de lui verser cette somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, de nationalité sénégalaise, il est entré en France le 12 octobre 2022 avec un visa d'étudiant afin de suivre une année de spécialisation dans les métiers du bâtiment, qu'il a obtenu un diplôme de spécialisation en infrastructures et géotechniques le 20 décembre 2023, qu'il a demandé un titre de séjour pour pouvoir travailler mais que le préfet de Seine-et-Marne, par une décision du 14 mars 2024, a refusé de faire droit à sa demande.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il a demandé le renouvellement de son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 422-10 et L .422-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il a bien obtenu un diplôme équivalent au master, ainsi qu'à l'article 321 de l'accord franco-sénégalais car il travaille et qu'elle est entachée d'erreurs de faits et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, l'intéressé n'ayant pas obtenu son diplôme.
Par un mémoire en réplique enregistré le 21 mai 2024 M. A, représenté par
Me Caillet, conclut aux mêmes fins.
Vu :
- la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 26 avril 2024 sous le n° 2405229, M. A a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 22 mai 2024, tenue en présence de
Mme Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence du requérant et du préfet de Seine-et-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 20 octobre 1992 à Koungheul (Région de Kaffrine), est entré en France le 12 octobre 2022 muni d'un visa de long séjour d'étudiant, valant titre de séjour, délivré par les autorités consulaires françaises à Dakar et valable jusqu'au
4 octobre 2023. Il a suivi des études à l'Institut supérieur du bâtiment et des travaux publics de Marseille (Bouches-du-Rhône) et a obtenu un diplôme de spécialisation en infrastructure et géotechnique. Il a déposé le 4 septembre 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour et s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au
25 décembre 2023. Le 30 janvier 2024, il a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " en préfecture de Seine-et-Marne. Il a conclu un contrat à durée indéterminée avec la société " Geoexperts " de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne) comme ingénieur géologie géotechnicien à compter du 1er février 2024. Par une décision du 14 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande. Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, M. A a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par sa requête du même jour, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de son exécution.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
6. En l'espèce, la décision contestée refuse de renouveler le titre de séjour de M. A. La condition d'urgence est donc présumée.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
7. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article
L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée
d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ".
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu décerner, le
20 décembre 2023, un diplôme de spécialisation en infrastructures et géotechnique par l'Institut supérieur du bâtiment et des travaux publics. Si, pour refuser de lui délivrer le titre de séjour demandé, le préfet de Seine-et-Marne a considéré qu'il ne pouvait bénéficier des dispositions citées au point précédent au motif qu'il n'avait pas acquis le niveau en langue anglaise nécessaire, ce niveau n'est uniquement requis que pour se prévaloir du titre d'ingénieur spécialisé. Dans la mesure où il n'est pas contesté que M. A est bien titulaire d'un " diplôme au moins équivalent au grade de master " au sens de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il remplit donc bien les conditions de cet article pour se voir délivrer le titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " et où, au surplus, il a signé un contrat à durée indéterminée en vue d'occuper un emploi en lien direct avec sa formation, il est fondé à soutenir que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle lui aurait méconnu les dispositions de cet article, est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur sa légalité.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, les deux conditions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative étant réunis, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
12. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.
13. En l'espèce, la présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision en date du 14 mars 2024 refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", implique seulement que la préfet de Seine-et-Marne lui remette en mains propres, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail, ou tout autre document en tenant lieu, valable et éventuellement renouvelée sans discontinuité jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les frais irrépétibles :
14. L'intéressé n'ayant pas été admis à l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 200 euros qui sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision en date du 14 mars 2024 par laquelle le préfet de
Seine-et-Marne a refusé à M. A de lui délivrer un titre de séjour est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre en mains propres, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail, ou tout autre document en tenant lieu, valable et éventuellement renouvelée sans discontinuité jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation formée le 26 avril 2024.
Article 4 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera une somme de 1 200 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
B : M. AymardB : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2405198