Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405208
vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, M. A B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que l'arrêté portant assignation à résidence :
- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 732-1 et L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- porte en elle-même une atteinte à la liberté d'aller et venir qui constitue une liberté fondamentale ;
- est entachée d'une erreur manifeste de droit et de fait et d'une erreur d'appréciation en l'absence de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction et de motivation suffisante à cet égard.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 21 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, absente, qui reprend les moyens du mémoire en défense.
M. B n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h52.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien, né le 8 juillet 1973 à Mansoura (République arabe d'Égypte), est entré en France en janvier 2021 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 5 février 2024 et placé le jour même en garde à vue pour des faits de menaces de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique, intrusion dans un établissement scolaire et apologie du terrorisme. Par un arrêté du 6 février 2024, notifié le jour même, la préfète du Val-de-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pur une durée de trois ans. Par arrêté du 7 février 2024, notifié le 23 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne l'a assigné à résidence. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 février 2024.
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction, contrairement à la motivation de l'arrêté contesté, issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). ". Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Selon l'article L. 732-3 de ce code, dans sa rédaction, contrairement à la motivation de l'arrêté contesté, issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". L'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
3. En premier lieu, si M. B soutient la méconnaissance des dispositions de l'article R. 733-1 citées au point précédent au motif que, libéré le 23 avril 2024 par le magistrat délégataire près la cour d'appel de Versailles, confirmant l'ordonnance du juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire de Versailles, le chef d'escorte lui notifiait l'acte querellé le jour même pourtant édicté dès le 7 février 2024, soit le lendemain du placement en rétention, il ressort des termes de l'article R. 733-1 précité qu'il décrit le contenu de la décision portant modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'obligation de présentation périodique, décision distincte de celle portant assignation à résidence (Conseil d'État, 11 décembre 2020, n° 438833, B). Dès lors le moyen tiré des erreurs de droit et de fait ne peut qu'être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu l'article L. 751-du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif au cas où un étranger fait l'objet d'une procédure prévu par le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride or il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant fasse l'objet d'une telle procédure. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.
5. En troisième lieu, une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations et, le cas échéant, la désignation de la plage horaire pendant laquelle l'intéressé doit demeurer dans les locaux où il réside. Ces modalités de contrôle doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir. Par conséquent, les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité ci-dessus, ayant été prises sur le fondement des dispositions législatives citées au point 2, M. B ne saurait utilement soutenir qu'elles porteraient une atteinte excessive à la liberté d'aller et venir et aux droits de la défense (CAA Paris, 19 mars 2024, n° 23PA05395).
6. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité ci-dessus, que l'autorité administrative peut renoncer à placer en rétention, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1, et qui ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement, lorsqu'une autre mesure apparaît suffisante pour garantir efficacement l'exécution effective de cette décision. M. B, qui a bénéficié d'une mesure d'assignation à résidence plus favorable que le placement en rétention, ne saurait donc faire valoir qu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives, pour soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence serait entaché d'erreur de droit, d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation (CAA Paris, 19 mars 2024, n° 23PA05395).
7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'exposé des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, l'arrêté attaqué prescrivant l'assignation à résidence du requérant est suffisamment motivé.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga
La greffière,
Signé : MD. Adelon
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. Adelon