Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405282
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405282 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, M. B A, représenté par
Me Goeau-Brissonnière, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 26 avril 2024 par laquelle la préfète du
Val-de-Marne a refusé un récépissé de première demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer ce récépissé, dans le délai de sept jours, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991 à verser à son conseil à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État ; en cas de refus de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la jurisprudence considère que le refus de délivrance de récépissé place le requérant dans une situation de précarité pour une durée anormalement longue ; il a sollicité le 26 avril 2024 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il lui a été remis une attestation de dépôt de sa demande qui ne peut s'analyser comme le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 435-2 dudit code ; il est donc maintenu en situation irrégulière et peut à tout moment être éloigné.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision de refus de récépissé est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 435-2 dudit code.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne représentée par Me Termeau conclut au non-lieu à statuer.
Elle soutient que ses services ont convoqué le requérant le 17 mai 2024 pour le dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ; il ne se trouve donc pas dans une situation d'urgence ; il sera débouté de sa demande de frais irrépétibles.
Vu :
- la décision attaquée du 26 avril 2024 et la copie de la requête n° 2405287 aux fins d'annulation présentée contre cette décision ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience du 15 mai 2024, présenté son rapport, en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, et entendu les observations de Me Kerkeni, représentant la préfète du Val-de-Marne qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.
Le juge des référés a clos l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant chinois, né le 16 avril 1981 à Liaoning (Chine), a sollicité un titre de séjour le 26 avril 2024 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Son dossier ayant été déclaré complet par la préfecture, il ne lui a néanmoins pas été délivré de récépissé mais une attestation ne constituant pas une preuve de la régularité de son séjour. Par la présente requête, M. A demande la suspension de l'exécution de la décision du 26 avril 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne, a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour sur ce fondement.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; et l'article L. 522-1 dudit code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
4. Suite à l'introduction de sa requête, M. A a obtenu un rendez-vous des services préfectoraux pour l'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction.
Sur les frais de l'instance :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Goeau-Brissonnière, conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée. En cas de rejet de l'aide juridictionnelle cette somme sera versée directement à
M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de M. A.
Article 3 : L'État (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 200 euros à
Me Goeau-Brissonnière, conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En cas de rejet de l'aide juridictionnelle, cette somme sera versée directement à M. A.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Goeau-Brissonnière.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : J-R GuillouLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2405282