Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405348

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mai 2024, Mme A D, représentée par Me Molotoala, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne de lui octroyer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour en qualité de conjointe de réfugié assortie de la remise d'un récépissé l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de 15 jours suivant le prononcé de l'ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1 000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi n° 91-647 du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique au profit de son conseil.

Elle soutient que, de nationalité algérienne, elle est entrée en France le 22 juillet 2023 par la procédure de réunification familiale, car son conjoint a été reconnu réfugié le

31 mars 2020, qu'elle a cherché à déposer une demande de titre de séjour sur la plateforme dédiée de la préfecture du Val-de-Marne le 7 août 2023 mais qu'il lui a été répondu, le

6 octobre 2023 qu'elle devait le faire sur celle de l'Administration numérique pour les étrangers en France, ce qui s'est révélé impossible car elle ne dispose pas de numéro étranger, ni de numéro de visa valide, le sien étant expiré, qu'elle a signalé cette impossibilité à la préfecture du Val-de-Marne et qu'elle n'a obtenu aucune réponse, que la condition d'urgence est satisfaite et que la mesure sollicitée est utile car elle a droit à une carte de résident.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne

(sous-préfecture de l'Haÿ-les-Roses) conclut au non-lieu à statuer, la requérante étant convoquée le 30 mai 2024 à 10 heures pour déposer sa demande de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret

n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née le 2 juin 1984 à

Ain-El-Hammam (wilaya de Tizi-Ouzou), est entrée en France le 22 juillet 2023 munie d'un visa en qualité de famille de réfugié délivré par les autorités consulaires françaises à Alger. Son conjoint, M. B C, né le 16 mai 1982, avait en effet été reconnu réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du

31 mars 2020 et est titulaire d'une carte de résident délivrée par le préfet du Nord et valable jusqu'au 22 juin 2031. Le 7 août 2023, elle a sollicité un rendez-vous auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis (sous-préfecture d'Argenteuil) pour déposer sa demande de carte de résident. Il lui a été répondu le 19 septembre 2023 qu'elle devait la déposer auprès de la sous-préfecture de Saint-Denis, puis le 6 octobre 2023 qu'elle devait la déposer sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France. Or, son visa étant expiré, cela s'est révélé impossible, l'intéressée ne disposant pas par ailleurs de numéro étranger. Le

12 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne (sous-préfecture de l'Haÿ-les-Roses) devenue compétente en raison d'un changement de domiciliation postale de Mme D auprès de l'association " Accueil Fraternel 94 " au Kremlin-Bicêtre, lui a confirmé qu'elle devait déposer sa demande sur cette plateforme, malgré cette impossibilité, et n'a pas répondu à plusieurs messages ultérieurs la lui signalant. Par sa requête enregistrée le 1er mai 2024, elle a donc demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui octroyer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour en qualité de conjointe de réfugié assortie de la remise d'un récépissé l'autorisant à travailler. Postérieurement à sa requête,

Mme D a été convoquée le 30 mai 2024 à 10 heures en vue du dépôt de son dossier.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : 1° Son conjoint, son partenaire avec lequel il est lié par une union civile ou son concubin, s'il a été autorisé à séjourner en France au titre de la réunification familiale dans les conditions prévues aux articles L. 561-2 à L. 561-5 ; () ".

6. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué

Mme D le 30 mai 2024 à 10 heures pour le dépôt de sa demande de titre de séjour. Ce dépôt ne pouvant donner lieu qu'à la remise d'un récépissé de demande de titre de séjour, portant autorisation de travail, valable jusqu'à la remise effective de la carte de résident à laquelle elle a droit en application de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le dossier remis par l'intéressée comprendra l'ensemble des pièces mentionnées au point 39 de l'annexe 10 du même code, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Molotoala, conseil de Mme D, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme D présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 000 euros à Me Molotoala, conseil de Mme D, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : La présente décision sera notifiée Mme A D, à Me Molotoala et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,