Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405405

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPACHECO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Pacheco, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant deux mois par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé le 20 février 2024 contre la décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise à son égard le 15 février 2024 par la directrice territoriale de Melun du même office, ainsi que de cette décision ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à Me Pacheco, au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordé, à elle-même, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa requête est recevable, dès lors qu'elle a par ailleurs saisi le tribunal d'une requête en annulation dont elle a produit une copie dans la présente instance ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : en premier lieu, les décisions en litige la placent dans un état de grande précarité puisque, d'une part, elle risque d'être mise à la rue à tout moment alors qu'elle a la qualité demandeur d'asile et qu'elle est la mère isolée d'une fille âgée de trois mois, d'autre part, faute de bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile, elle ne dispose d'aucune ressource pour subsister ; en second lieu, il n'est justifié d'aucun intérêt public s'attachant au maintien des effets des décisions en litige jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige pour les raisons suivantes :

*la décision de refus des conditions matérielles d'accueil en date du 15 février 2024 est insuffisamment motivée ;

*la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, ses motifs ne lui ont pas été communiqués malgré sa demande en ce sens par courriel du 23 avril 2024 ;

*les décisions en litige sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation particulière ;

*elles sont entachées d'erreur de droit, dès lors que leurs auteurs se sont estimés, à tort, en situation de compétence liée pour les prendre ;

*elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, notamment de son état de vulnérabilité ;

*elles méconnaissent les dispositions des articles L. 522-1, L. 522-8, L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

*elles constituent une sanction disproportionnée, dès lors qu'elles la privent de l'allocation pour demandeur d'asile alors qu'elle ne dispose d'aucune ressource pour satisfaire ses besoins les plus élémentaires, qu'elle a la qualité de demandeur d'asile et qu'elle est la mère isolée d'une fille âgée de trois mois ;

*elles sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière au regard des articles L. 522-1 à L. 522-4, L. 551-15, D. 551-17 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de réalisation d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité par l'OFII.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

Vu :

-la requête n° 2405396 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Le rapport de M. Zanella a été entendu au cours de cette audience, tenue le 24 mai 2024 à 10h00 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, les parties ayant alors été informées, en application des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise le 15 février 2024, en raison de la substitution à cette décision initiale de celle par laquelle le directeur général de l'OFII a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre elle par la requérante.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Mme B, qui est de nationalité éthiopienne, s'est vu refuser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile par une décision de la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) prise le 15 février 2024. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant deux mois par le directeur général de l'OFII sur le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé le

20 février 2024 contre cette décision, ainsi que de cette même décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Mme B s'est vu accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2024. Sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est par suite devenue sans objet.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. En l'état de l'instruction, dont il résulte notamment, d'une part, que les motifs de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire mentionné au point 2 ont été portés à la connaissance de Mme B par le mémoire en défense de l'OFII, lequel a été communiqué à la requérante le 17 mai 2024, d'autre part, que l'intéressée a bénéficié, au cours d'un entretien individuel réalisé le 15 février 2024, d'une nouvelle évaluation de sa situation et de sa vulnérabilité qui, tenant compte de la naissance de sa fille le 4 février 2024, n'a mis en évidence aucun besoin particulier en matière d'accueil, aucun des moyens analysés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

5. Il résulte ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision initiale du 15 février 2024 mentionnée au point 2, ni de se prononcer sur la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Pacheco.

Fait à Melun, le 5 juillet 2024.

Le juge des référés,Le greffier,

Signé : P. ZanellaSigné : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,