Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405446
mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405446 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Benmayor, demande à la juge des référés, statuant par application de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la décision de refus d'aménagement d'épreuves du baccalauréat général prise par le service inter académique des examens et concours (SIEC) le 15 avril 2024, confirmant une décision de refus d'aménagement d'épreuves du baccalauréat du SIEC du 21 février 2024 ;
2°) de prescrire au SIEC de lui accorder les aménagements d'épreuves du baccalauréat dans un délai immédiat à compter de la signification de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du SIEC la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre liminaire, sur la condition d'urgence, au regard de la proximité de l'épreuve écrite de français du baccalauréat prévue le 14 juin 2024, au fait que le refus de l'académie de lui accorder des aménagements permettant de compenser son handicap et de rétablir l'égalité avec les autres candidats porte atteinte à son droit à l'éducation et à l'angoisse particulière que cette situation génère, il y a nécessité absolue d'une prompte intervention de la juridiction pour mettre fin aux atteintes portées par l'administration à des libertés fondamentales ;
- sur le moyen de légalité externe, la décision en litige n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- sur le moyen tiré de la légalité interne, la décision contestée constitue une violation flagrante de ses droits fondamentaux à l'éducation et à l'égalité des chances tels que garantie par l'article L. 111-1 du code de l'éducation, des articles 2 et 24 de la convention internationale des droits des personnes handicapées ratifiée par la France en 2009 ; elle souffre d'un trouble des fonctions attentionnelles et exécutives qui la place dans une situation d'inégalité face à l'éducation, notamment face aux examens du baccalauréat ; les aménagements tels que des temps supplémentaires ou d'autres ajustements raisonnables sont indispensables pour lui permettre de concourir dans des conditions équitables par rapport à ses pairs non handicapés ; le diagnostic des troubles de l'attention et de la concentration, pour lequel elle est suivie depuis la classe de quatrième, a entraîné la mise en place d'un PAP, ce qui lui a permis d'obtenir le brevet des collèges et d'avoir une scolarité " normale " compte tenu de la mobilisation des équipes éducatives ; dans ces conditions, un aménagement tel qu'un tiers temps lui permet de compenser les conséquences de son handicap et de bénéficier d'une égalité des chances aux examens par rapport aux autres candidats ; le refus d'un tel aménagement, sans justifier en quoi ces aménagements seraient disproportionnés, est constitutive d'une discrimination et porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation examiné à l'aune de l'exigence constitutionnelle de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant prévu à l'article 13 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1976 et des engagements internationaux de la France tels que la convention internationale des droits de l'enfant et la convention internationale des droits des personnes handicapées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née en 2007, inscrite en classe de première au lycée Pascal à Paris, a sollicité un aménagement des épreuves du baccalauréat au titre de la session 2024. Après avis du médecin de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de l'académie de Paris, le directeur du SIEC a refusé de faire droit à sa demande par décision du
21 février 2024. Par décision du 15 avril 2024, prise après l'avis défavorable de la commission d'appel des recours relatifs aux aménagements d'examen de l'académie de Paris, le directeur du SIEC a confirmé à l'intéressée qu'elle ne bénéficierait d'aucun aménagement particulier pour le passage des épreuves. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'annuler la décision du 15 avril 2024 et de prescrire au SIEC de lui accorder les aménagements d'épreuves du baccalauréat.
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
4. D'une part, il résulte de l'application combinées des dispositions précitées des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qu'il ne rentre pas dans les attributions de la juge des référés, qui ne peut prononcer que des mesures provisoires de sauvegarde d'une liberté fondamentale, d'annuler une décision administrative. Il suit de là que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision contestée du
15 avril 2024 sont irrecevables et ne peuvent, pour ce motif, qu'être rejetées.
5. D'autre part, l'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale. Or, si Mme B demande à la juge des référés d'enjoindre au SIEC de lui accorder les aménagements d'épreuves du baccalauréat qu'elle a demandés, les circonstances qu'elles invoquent ne caractérisent pas la nécessité de bénéficier à très bref délai, soit dans les quarante-huit heures, du prononcé d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, les épreuves du baccalauréat de la session 2024 ne devant se dérouler que dans plusieurs semaines.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative la requête présentée par Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée pour information au directeur du service inter académique des examens et concours des académies de Paris, Créteil et Versailles.
Fait à Melun, le 7 mai 2024.
La juge des référés,
Signé : S. Bonneau-Mathelot
La République mande et ordonne la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,