Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405647

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Lantheaume, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer, en attendant, une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 300 euros au titre soit du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, soit, au cas où son admission provisoire à l'aide juridictionnelle serait refusée, de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa requête est recevable ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : d'une part, l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ; d'autre part, la décision en litige a pour effet de l'empêcher, faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France, de continuer à occuper l'emploi qui lui permet, depuis cinq années, de subvenir à ses besoins et la place ainsi dans une situation précaire ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :

*cette décision est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

*elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

*elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

*elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que son auteur a méconnu l'étendue de sa propre compétence en s'abstenant de rechercher s'il pouvait l'admettre au séjour au titre du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose ;

*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'" erreur manifeste d'appréciation " ;

*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'" erreur manifeste d'appréciation ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

-la requête n° 2405419 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 24 mai 2024 à 10h00 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Lantheaume, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en faisant valoir en outre, que : en ce qui concerne l'urgence, la requérante se trouve, même si elle n'a pas sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour mais un changement de statut, dans une situation analogue à celle d'un refus de renouvellement de titre de séjour, dès lors qu'elle a basculé dans l'irrégularité et qu'elle est ainsi exposée au risque, en cas de contrôle d'identité, de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ; en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, la requérante peut être admise au séjour au titre du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont dispose le préfet.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. Mme A, qui, de nationalité ivoirienne, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 7 janvier 2022 au 6 janvier 2024, s'est vu refuser la délivrance d'un nouveau titre de séjour portant la mention " salarié " par une décision du préfet de Seine-et-Marne en date du 21 mars 2024. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens analysés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance, y compris ceux relatifs à l'audience, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Il en va notamment ainsi de celui tiré du non-respect de la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que cette procédure n'est pas applicable aux demandes de titre de séjour, dont le traitement est régi par les dispositions spéciales du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'admettre provisoirement l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ni de se prononcer sur la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Lantheaume.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 11 juillet 2024.

Le juge des référés,

Le juge des référés,Le greffier,

Signé : P. ZanellaSigné : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,