Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405653
mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405653 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mai 2024, M. B, représenté par Me Compin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 18 mars 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, d'une part, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", d'autre part, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. A, qui est de nationalité congolaise, a fait l'objet, le 18 mars 2024, d'un arrêté par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " qu'il avait déposée le 2 décembre 2023 au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dénommé " ANEF ", et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de renvoi. Sa requête doit être regardée comme tendant, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
4. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté []. " Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2 []. " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 visé ci-dessus : " Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : / 1° À compter du 1er mai 2021, les demandes de cartes de séjour temporaires portant la mention "étudiant" ou "étudiant-programme de mobilité" mentionnées aux articles L. 422-1 et L. 422-5 du même code, de cartes de séjour pluriannuelles portant les mêmes mentions, délivrées en application des articles L. 422-6 et L. 433-4 du même code, ainsi que de certificats de résidence algériens portant la mention "étudiant" prévus au titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié []. "
5. Il résulte de l'instruction que M. A était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 16 janvier 2024. En vertu des dispositions citées au point précédent, il lui appartenait de déposer sa demande de renouvellement de ce titre de séjour au moyen du téléservice ANEF entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour précédant l'expiration de ce même titre de séjour. Or, ainsi qu'il a été dit au point 2, il n'a déposé cette demande que le 2 décembre 2023, soit moins de soixante-jours avant l'expiration dudit titre. Dans ces conditions, la demande en cause doit être regardée non pas comme une demande de renouvellement mais comme une demande de première délivrance d'un titre de séjour. Il s'ensuit que le requérant ne peut bénéficier, en l'espèce, de la présomption mentionnée au point 3. Il ne s'en prévaut d'ailleurs même pas dans ses écritures.
6. D'autre part, pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige, M. A fait d'abord valoir que, sans titre de séjour, il ne pourra pas passer les épreuves du brevet de technicien supérieur (BTS) " Bâtiment " auxquelles il est convoqué. Toutefois, il ressort des mentions des différents documents le convoquant à ces épreuves, dont certaines ont, au demeurant, déjà eu lieu, qu'il n'est pas exigé de lui, pour pouvoir prendre part auxdites épreuves, d'être muni d'un titre de séjour en cours de validité mais seulement d'une pièce d'identité, en cours de validité ou périmée depuis moins de cinq ans. Si le requérant fait également valoir qu'il ne pourra, sans titre de séjour, obtenir le renouvellement du droit à prestations sociales que lui confère son statut d'étudiant, il n'apporte cependant aucune précision permettant d'apprécier l'incidence immédiate de cette circonstance sur sa situation concrète. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête de M. A, qu'il y a lieu de rejeter cette requête, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er :La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B.
Fait à Melun, le 15 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé : P. ZANELLA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,