Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405784

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Besse, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer en attendant une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, conclut non-lieu à statuer ou, subsidiairement, au rejet de la requête.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 28 mai 2024, Mme B déclare qu'elle ne s'oppose pas au prononcé d'un non-lieu à statuer sur ses conclusions à fin d'injonction et qu'elle maintient ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

Vu :

-la requête n° 2405786 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 29 mai 2024 à 14h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, ;

-les observations de Me Rahmouni, agissant pour la SELARL Actis Avocats, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.

La clôture de l'instruction a été différée au 30 mai 2024 à 18h00 en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, ce dont les parties ont été avisées oralement lors de l'audience publique ainsi que par une ordonnance du 30 mai 2024.

Une nouvelle pièce, enregistrée le 30 mai 2024 à 12h00 et communiquée le même jour, a été produite par la préfète du Val-de-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. Mme B, qui est de nationalité marocaine, a déposé une demande de délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 6 octobre 2022. Sa requête tend à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par la préfète du Val-de-Marne.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne :

3. Si, postérieurement à l'introduction de l'instance, Mme B a été convoquée en préfecture pour y retirer un nouveau récépissé de sa demande de titre de séjour qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle du 29 mai au 28 août 2024, cette circonstance n'est pas de nature à priver d'objet les conclusions à fin de suspension présentées par la requérante. L'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne ne saurait, par suite, être accueillie.

Sur les conclusions de la requête :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet en litige, Mme B, qui ne bénéficie pas de la présomption mentionnée au point précédent, fait valoir que cette décision l'empêche d'être en mesure de présenter un document lui permettant de voyager à l'étranger dans le cadre des études de langues étrangères appliquées qu'elle suit actuellement à l'université Sorbonne Nouvelle, notamment dans celui du programme international proposé par cette université à ses étudiants, ainsi que de solliciter l'attribution d'une bourse d'enseignement sur critères sociaux ou d'une aide à la mobilité internationale, alors qu'une telle aide doit être demandée au plus tard au mois de mai 2024 et qu'elle souhaite en bénéficier pour couvrir ses frais de séjour à l'étranger dans le cadre du programme international mentionné ci-dessus. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'appel à candidatures pour participer à ce programme durant l'année universitaire 2024-2025 n'a été ouvert aux étudiants que du 15 octobre au 15 novembre 2023. Or la requérante n'établit pas, ni même n'allègue, y avoir pris part et elle ne justifie, par ailleurs, d'aucun projet immédiat de voyage à l'étranger dans le cadre de ses études en dehors du programme en cause. Par suite, et alors, en outre, que la circonstance que l'intéressée n'est pas titulaire d'un document de séjour ne fait pas obstacle à sa sortie du territoire français, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de rejet en litige, que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 15 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZanellaLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,