Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405798

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 et 15 mai 2024, la commune de Brou-sur-Chantereine, représentée par Me Delarue, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A C et des autres occupants sans droit ni titre du complexe sportif Marcel Paul, au besoin avec le concours de la force publique et sous astreinte de 300 euros par défendeur et par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) d'ordonner l'évacuation de l'ensemble des véhicules, caravanes et autres biens appartenant aux occupants sans droit ni titre du complexe sportif Marcel Paul, au besoin aux frais et risques de ceux-ci ;

3°) de mettre à la charge solidaire de M. A C et des autres occupants sans droit ni titre du complexe sportif Marcel Paul la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence prévu à l'article L. 521-3 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : l'occupation du complexe sportif Marcel Paul est de nature à porter atteinte à la sécurité et à la salubrité publiques ; elle fait obstacle à l'utilisation du terrain d'entraînement du stade Jules Ladoumègue par les élèves du collège Jean Jaurès ainsi que lors du tournoi de football organisé par l'Association sportive breuilloise les 18 et 19 mai 2024 puis lors de celui organisé par la même association le 25 mai suivant ;

-la mesure sollicitée est utile et ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que : à l'intérieur du complexe sportif Marcel Paul, le stade Jules Ladoumègue, qui est destiné à la pratique du football et du tennis et est spécialement aménagé à cette fin, constitue une dépendance de son domaine public ; ce stade est occupé sans droit ni titre et dans des conditions qui, d'une part, menacent la sécurité et la salubrité publiques, d'autre part, empêchent la libre utilisation du terrain d'entraînement qu'il comprend pour les besoins des enseignements d'éducation physique et sportive dispensés aux élèves du collège Jean Jaurès ainsi que ceux du tournoi de football prévu les 18 et 19 mai 2024 ; l'occupation du site a en outre entraîné, du fait du passage récurrent de véhicules, une dégradation de ce terrain qui avait été remis à neuf en novembre 2023.

La requête a été communiquée par voie administrative à M. A C et autres, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général de la propriété

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 16 mai 2024 à 14h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, juge des référés ;

-les observations de Me Delarue, représentant la commune de Brou-sur-Chantereine, qui, en présence de Mme B, maire de la commune, a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en précisant que : une cinquantaine de véhicules sont présents sur le site occupé ; le terrain d'entraînement du stade Jules Ladoumègue doit être utilisé, lors du tournoi de football organisé les 18 et 19 mai 2025, par les joueurs qui ne sont pas en train de disputer un match sur le terrain d'honneur ; les déplacements de véhicules sur le site représentent un danger pour les usagers ;

-les observations de M. C, qui, après avoir sollicité le report de l'audience au motif que l'avocat des défendeurs n'était pas disponible, a conclu au rejet de la requête en faisant valoir que : les occupants du complexe sportif Marcel Paul ont besoin de rester sur ce site jusqu'à la fin du mois de mai 2024, dès lors que certains d'entre eux ont subi ou doivent encore subir une intervention chirurgicale ou un examen médical en Île-de-France et qu'ils n'ont pas d'autre endroit où aller en raison de la fermeture des aires d'accueil des gens du voyage pour cause d'organisation des jeux olympiques ; ils ne sont pas en mesure de libérer les lieux en urgence ; ils n'occupent que le terrain d'entraînement, et ce, sans faire obstacle à l'utilisation du terrain d'honneur ; ils s'engagent à garer leurs véhicules autres que les caravanes à l'extérieur du site ainsi qu'à mettre en place des banderoles pour assurer la sécurité.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " Saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés y fait droit si, à la date à laquelle il statue, la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

2. Il résulte de l'instruction, notamment de deux rapports de constatation établis les

10 et 14 mai 2024 par la police municipale de Brou-sur-Chantereine, que M. C et d'autres personnes dites " gens du voyages " ont, le 8 mai 2024, installé une trentaine de résidences mobiles et au moins autant de véhicules terrestres à moteur dans l'emprise du complexe sportif Marcel Paul appartenant à cette commune, les résidences mobiles étant plus précisément situées, pour l'essentiel, sur l'un des deux terrains, dit " terrain d'entraînement ", l'autre étant dénommé " terrain d'honneur ", du stade Jules Ladoumègue.

3. D'une part, il résulte de l'instruction, et n'est au demeurant pas contesté par elles, que les personnes en cause ne disposent d'aucun titre les habilitant à occuper le complexe sportif Marcel Paul situé à Brou-sur-Chantereine, lequel constitue une dépendance du domaine public immobilier de cette commune. Par suite, leur expulsion, qui ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

4. D'autre part, il résulte également de l'instruction, d'une part, que les résidences mobiles installées sur le terrain d'entraînement mentionné au point 2 sont alimentées en électricité et en eau au moyen de branchements sauvages, sur les réseaux correspondants, de câbles ou de tuyaux d'arrosage posés à même le sol et que leurs occupants se trouvent ainsi exposés à un risque pour leur sécurité, d'autre part, que l'occupation du site fait obstacle à l'utilisation du terrain en question pour les besoins des enseignements d'éducation physique et sportive dispensés tous les jours de la semaine aux élèves du collège Jean Jaurès ainsi que ceux du tournoi de football organisé les 18 et 19 mai 2024 par l'Association sportive breuilloise. Dans ces conditions, la libération des lieux présente un caractère d'utilité et d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. C et aux autres occupants sans titre du complexe sportif Marcel Paul situé à Brou-sur-Chantereine de libérer les lieux dès la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 150 euros par jour de retard. En cas d'inexécution de cette injonction, la commune de Brou-sur-Chantereine pourra faire procéder, au besoin avec le concours de la force publique, à l'évacuation des intéressés ainsi qu'à l'enlèvement, à leurs frais et risques, des résidences mobiles et autres biens leur appartenant qui s'y trouvent.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge solidaire de M. C et des autres occupants sans titre du complexe sportif Marcel Paul situé à Brou-sur-Chantereine la somme que cette commune demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. C et aux autres occupants sans titre du complexe sportif Marcel Paul situé à Brou-sur-Chantereine de libérer les lieux dès la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

En cas d'inexécution de cette injonction, la commune de Brou-sur-Chantereine pourra faire procéder, au besoin avec le concours de la force publique, à l'évacuation des intéressés ainsi qu'à l'enlèvement, à leurs frais et risques, des résidences mobiles et autres biens leur appartenant qui s'y trouvent.

Article 2 :Les conclusions de la requête de la commune de Brou-sur-Chantereine sont rejetées pour le surplus.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée la commune de Brou-sur-Chantereine et à M. A C et aux autres occupants sans titre du complexe sportif Marcel Paul situé à Brou-sur-Chantereine.

Fait à Melun, le 17 mai 2024

Le juge des référés :

Signé : P. ZANELLALa greffière,

Signé : S. AUBRET

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,