Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405866

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024, M. A B, représenté par Me Berdugo, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet de la

Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie, alors en outre que la décision en litige fait obstacle au renouvellement du contrat à durée déterminée signé avec la société Kalessa ;

- la décision litigieuse n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour, malgré ses demandes complémentaires en ce sens ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024 à 11h42, le préfet de

Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la demande présentée par le requérant ne porte pas sur le renouvellement d'un titre de séjour mais sur la délivrance d'un premier titre de séjour mention " salarié ", par conséquent la présomption d'urgence ne s'applique pas, alors en outre que le requérant se borne à faire valoir l'exercice d'une activité professionnelle à durée déterminée ;

- la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. B ne peut pas être mise à exécution, en conséquence du recours au fond formé contre l'arrêté en litige ;

- il est justifié de la compétence de l'auteure de la décision litigieuse ;

- cette décision comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent ;

- à l'issue d'une étude attentive de la demande de changement de statut du requérant, il est apparu qu'il ne remplissait pas les conditions requises pour la délivrance d'un titre de séjour " salarié ", à défaut de l'autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-1 du code du travail ;

- célibataire et sans enfant, M. B ne dispose d'aucune attache familiale en France alors qu'il n'est pas dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine ;

- le requérant ne produit aucun élément relatif à des risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine ;

- aucune disposition législative ou réglementaire n'oblige le préfet à préciser les motifs pour lesquels il ne fait pas usage de la possibilité d'utiliser son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 juillet 2024 à 14h00 en présence de

Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- et les observations de Me Simon, substituant Me Berdugo, représentant

M. B, présent, qui soutient en outre que son employeur a signé avec lui un contrat à durée déterminée en mars dernier dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour afin de lui proposer un contrat à durée indéterminée, et qu'en conséquence de la décision contestée il risque de perdre son unique source de revenus alors qu'il assume seul ses charges, que le mémoire en défense confirme l'absence de prise en compte de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, présentée à titre subsidiaire, alors qu'il vit en France depuis huit ans et justifie d'une insertion professionnelle de presque quatre ans.

Le préfet de la Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. B, ressortissant malgache né le

4 novembre 1977 à Ankadifotsy Antananarivo (Madagascar), entré en France le

1er septembre 2016 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ", a bénéficié de titres de séjour portant la même mention, régulièrement renouvelés jusqu'au 31 août 2022. Le 22 août 2022, le requérant a saisi le préfet de l'Essonne d'une demande de renouvellement de titre avec changement de statut vers celui de salarié, que son conseil a requalifié le

6 novembre 2023 de demande d'admission exceptionnelle au séjour, adressée au préfet de Seine-et-Marne en conséquence du déménagement du requérant. Par un arrêté du 9 avril 2024, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande et a obligé le requérant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B demande la suspension de l'exécution de cet arrêté, en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour.

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Si la demande présentée par M. B porte sur la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " salarié ", d'une part, le requérant affirme sans être contesté que la société Kalessa, avec laquelle il a signé un premier contrat à durée déterminée pour un emploi de chauffeur-livreur du 20 septembre au 12 décembre 2023, n'a pas souhaité lui proposer un contrat à durée indéterminée en conséquence de la décision en litige. D'autre part, selon la requête, cette décision a également pour conséquence de menacer l'exécution du second contrat à durée déterminée passé avec cette même société, dont l'échéance est prévue le 30 septembre prochain, et risque ainsi de priver le requérant de son unique source de revenus. Il s'ensuit que la condition tenant à l'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

5. Il résulte de l'instruction que par un courrier recommandé du 12 février 2024, reçu le 14 février suivant par les services de la préfecture de Seine-et-Marne, le conseil de

M. B a complété la demande de titre de séjour présentée le

22 août 2022 sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sollicitant également son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Dans un tel contexte, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de sa demande et de l'erreur de droit sont de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet de la Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B.

6. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de cette décision doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction avec astreinte :

7. La suspension prononcée implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par

M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de rendre le requérant destinataire d'un récépissé, dans le délai de cinq jours à compter de la même notification.

Sur les frais de justice :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet de la

Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne d'examiner la demande de titre de séjour présentée par M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de rendre le requérant destinataire d'un récépissé, dans le délai de cinq jours à compter de la même notification.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés,La greffière,

Signé : C. LetortSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,