Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405868

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Easy Code France, représentée par la SCP Piwnica et Molinié, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 mars 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a mis fin à son agrément d'organisateur de l'épreuve théorique générale du permis de conduire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que l'agrément dont elle disposait conditionnait l'ensemble de son activité puisque son unique objet social porte sur la création de centres d'examens du code de la route ;

- l'arrêté litigieux a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire, alors qu'elle n'a jamais reçu le courrier du 17 mai 2023 par lequel des injonctions d'organiser le déploiement de sites d'examens sur le territoire national lui aurait été adressée ;

- il est entaché de méconnaissances du champ d'application de la loi dès lors qu'il ne pouvait ni être fondé sur l'article R. 221-3-8 du code de la route, ni être motivé par l'insuffisance de déploiement des sites d'examen sur le territoire national ;

- le code de la route définit deux types de sanctions, d'une part la suspension totale ou le retrait de l'agrément en cas de méconnaissance des obligations prévues par les articles L. 221-6 à L. 221-8 du code de la route, et d'autre part la suspension de l'agrément uniquement pour certains sites en cas de méconnaissance des obligations relatives au déploiement national des sites d'examen dans le délai d'un an prévues à l'article R. 221-3-8, par conséquent ce dernier manquement ne pouvait pas donner lieu au retrait de son agrément ;

- les autres motifs invoqués ne sauraient justifier ce retrait, alors que selon l'article L. 221-9 du code de la route, une mesure de suspension doit être préalablement prononcée ;

- au regard du fort impact de cette mesure pour l'opérateur agréé, la mesure de retrait doit justifier de la particulière gravité des manquements constatés ;

- les manquements autres que le retard pris dans le déploiement des sites, tiennent au retard pris dans la mise en production, or cette dernière a été lancée le 13 mars 2024 et ne présente pas un degré de gravité tel qu'il justifierait de mettre fin directement à son agrément ;

- les manquements reprochés sont dépourvus de caractère répétitif, alors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'avertissement ou de précédentes procédures de suspension de son agrément ;

- l'arrêté contesté est entaché de nombreuses erreurs manifestes d'appréciation puisque, contrairement à son affirmation, elle a inscrit un candidat le 13 mars 2024 à l'épreuve théorique du permis de conduire ;

- à cette même date, son logiciel était bien relié au serveur de l'Etat, la mise en production était réalisée avec succès et un premier site était ouvert ;

- elle ne s'est pas montrée inactive dans la réalisation d'un déploiement effectif des sites puisque dès l'été 2023, elle a sollicité un grand nombre de préfectures pour l'obtention de numéros d'agrément, elle a signé une quarantaine de contrats de futurs franchisés et a entamé des travaux sur plusieurs sites en France ;

- c'est à l'initiative de l'administration, sans justification, que la liaison entre les deux systèmes informatiques a été coupée le 15 mars dernier ;

- elle a fourni de longues explications dans son courrier du 11 mars 2024, son retard trouvant son origine dans des longueurs administratives qui ne sont pas de son fait.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-4 du code de la route : " L'organisation des épreuves suivantes est assurée par l'autorité administrative ou par des personnes agréées par elle à cette fin: 1o Toute épreuve théorique du permis de conduire () ". Selon l'article L. 221-6 de ce code : " L'organisateur agréé d'une épreuve du permis de conduire présente des garanties d'honorabilité, de capacité à organiser l'épreuve, d'impartialité et d'indépendance à l'égard des personnes délivrant ou commercialisant des prestations d'enseignement de la conduite () ". L'article L. 221-7 du même code précise que " L'organisation des épreuves du permis de conduire répond au cahier des charges défini par l'autorité administrative, qui en contrôle l'application () ". L'article R. 221-3-8 de ce code dispose que : " L'organisateur agréé assure, dans les conditions prévues au présent article, l'accès des candidats à des sites d'examen sur le territoire de chaque département métropolitain et de chacune des collectivités suivantes: Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion, Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon () ".

3. Enfin, aux termes de l'article L. 221-9 du code de la route : " I. - En cas de méconnaissance de l'une des obligations mentionnées aux articles L. 221-6 à L. 221-8, l'autorité administrative, après avoir mis l'intéressé en mesure de présenter ses observations, peut suspendre, pour une durée maximale de six mois, l'agrément mentionné à l'article

L. 221-4./ II. - En cas de méconnaissance grave ou répétée de l'une des obligations mentionnées aux articles L. 221-6 à L. 221-8, l'autorité administrative, après avoir mis l'intéressé en mesure de présenter ses observations, peut mettre fin à l'agrément mentionné à l'article L. 221-4 () ". Selon l'article R. 221-3-16 de ce code : " I. - En cas de méconnaissance, pour un site d'examen déclaré, de l'une des obligations prévues à l'article

R. 221-3-7, au III de l'article R. 221-3-9, à l'article R. 221-3-10 ou par le cahier des charges prévu à l'article L. 221-7, le préfet, après avoir mis l'organisateur agréé en mesure de présenter ses observations, peut suspendre, pour une durée maximale de six mois, l'exploitation de ce site./ II. - En cas de méconnaissance grave ou répétée, pour un site d'examen déclaré, de l'une des obligations prévues à l'article R. 221-3-7, au III de l'article R. 221-3-9, à l'article R. 221-3-10 ou par le cahier des charges prévu à l'article L. 221-7, le préfet, après avoir mis l'organisateur agréé en mesure de présenter ses observations, peut mettre fin à l'exploitation du site./ III. - En cas de non-respect des obligations de couverture prévues par l'article R. 221-3-8 ou par ses textes d'application, le ministre chargé de la sécurité routière, après avoir mis l'organisateur agréé en mesure de présenter ses observations, peut suspendre pour une durée maximale de six mois l'exploitation d'un ou plusieurs de ses sites d'examen. Cette mesure de suspension porte sur des sites situés dans des territoires autres que ceux où la défaillance a été constatée () ".

4. La société Esay Code France, constituée le 4 mars 2019 dans le but de créer un réseau de franchises de centres d'examen aux épreuves théoriques du permis de conduire, a présenté le 31 octobre 2019 une demande d'agrément d'organisateur de ces épreuves, délivré le 11 août 2022. Après une réunion tenue le 25 janvier 2024 avec la direction de la sécurité routière du ministère de l'intérieur et des outre-mer, la société requérante a été informée par une lettre du 23 février suivant de l'intention de ce ministère de procéder au retrait de son agrément. La société Easy Code France a présenté ses observations par une lettre du 11 mars. Par un arrêté du 29 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé le retrait de cet agrément. La société Easy Code France demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

5. Pour prononcer le retrait de l'agrément délivré à la société Easy Code France, le ministre de l'intérieur a relevé que la société requérante n'a organisé aucune épreuve théorique du permis de conduire depuis son agrément, que les échanges entre le système d'information de la société et le service web unifié de gestion des épreuves théoriques générales ne sont opérationnels que depuis le 13 mars 2024, que la société n'apporte aucun élément susceptible de justifier l'absence de déploiement de sites d'examen et ne présente pas de garanties de capacité à organiser de telles épreuves. En conséquence, le ministre a considéré que l'incapacité de la société Easy Code France à organiser l'épreuve théorique du permis de conduire est constitutive d'une méconnaissance grave et répétée des obligations mentionnées aux articles L. 221-6 à L. 221-8 du code de la route.

6. Au regard de l'ensemble des pièces produites à l'appui de la requête, et alors notamment que la société requérante a précisé dans son courrier du 11 mars 2024 qu'elle devrait être présente sur l'ensemble du territoire national en février 2025, en l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que la requête présentée par la société Easy Code France doit être rejetée sur le fondement des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par la société Easy Code France est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Easy Code France et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,