Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405869
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405869 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) FZR Ambulances, représentée par Me Halimi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du 10 avril 2024 par laquelle le directeur de l'agence régionale de santé d'Île-de-France a prononcé le retrait de son agrément pour une durée de quinze jours, du 17 juin au 1er juillet 2024 ;
2°) de lui allouer la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'elle doit faire face à des dépenses importantes dont elle justifie, et que la décision en litige la priverait de toute source de revenus et entraînerait la nécessité de procéder à une demande de redressement judiciaire ;
- partenaire de tous les régimes sociaux depuis sa création, elle n'a fait l'objet d'aucun signalement antérieur, par conséquent la sanction prise à son encontre est disproportionnée ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, alors que la patiente transportée le 5 mai 2023 est une cliente récurrente de ses services, son transport ayant été effectué afin de lui rendre service ;
- le présent tribunal a prononcé la suspension d'un précédent arrêté du
7 octobre 2022, le recours au fond étant toujours en cours d'instruction ;
- le procès-verbal de police établi le 5 mai 2023 pour relever les irrégularités reprochées ne lui a jamais été communiqué, tandis qu'elle ne fait l'objet d'aucune poursuite pénale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence () le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité serait remplie, la société FZR Ambulances soutient que la suspension de son agrément prononcée pour une durée de quinze jours aurait pour conséquence de la contraindre à engager une procédure de redressement judiciaire. Toutefois, si la société requérante justifie bien de l'ensemble de ses charges, en revanche elle n'atteste pas des conséquences financières de l'arrêté litigieux sur sa survie en produisant une attestation du cabinet d'expertise comptable en charge de ses comptes, qui précise n'avoir pas réalisé d'audit sur les impacts futurs de la suspension d'agrément et se borne à relever qu'elle entraînerait une insuffisance de trésorerie estimée à un montant de 14 796 euros, alors qu'il résulte des relevés du compte bancaire de la société qu'au 1er mars 2024, elle disposait d'un solde créditeur de 55 917,05 euros. Dans de telles conditions, la société FZR Ambulances n'apporte pas la preuve d'un préjudice suffisamment grave et immédiat à sa situation de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de l'arrêté pris par le directeur de l'agence régionale de santé d'Île-de-France le 10 avril 2024.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté, que la requête présentée par la
société FZR Ambulances doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par la société FZR Ambulances est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société FZR Ambulances et à l'agence régionale de santé d'Île-de-France.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,