Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405907
vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405907 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, M. C A B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une nouvelle attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il est entré en France sous couvert d'un visa long séjour dont il a demandé le renouvellement le 31 juillet 2023, puis le 28 novembre suivant, sans obtenir le renouvellement de l'attestation de prolongation de l'instruction de cette demande, ce qui le place en situation irrégulière ;
- cette situation porte atteinte à son droit d'aller et venir, protégé par l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 2 au protocole additionnel n°4 à cette convention, alors qu'il devrait bénéficier du titre de séjour demandé de plein droit ;
- elle méconnaît les dispositions des articles R. 311-4, R. 311-5, R. 313-6 et R. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024 à 09h57, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Elle fait valoir qu'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction a été mise à la disposition de M. A B, valable jusqu'au 15 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 17 mai 2024 à 14h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- les observations de M. A B, présent, qui confirme avoir été destinataire de l'attestation de prolongation d'instruction mise à sa disposition sur ANEF et précise avoir rendez-vous le 22 mai prochain pour procéder au relevé de ses empreintes digitales ;
- et les observations de Me Kerkeni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.
Le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. M. A B, ressortissant congolais né le 16 juin 1984 à Kinshasa (République démocratique du Congo), entré en France le 12 novembre 2022 sous couvert d'un visa long séjour délivré dans le cadre d'une autorisation de regroupement familial, a présenté le 31 juillet 2023 une demande de délivrance d'un titre de séjour sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF). A cette occasion, une attestation de prolongation d'instruction lui a été délivrée, valable jusqu'au 26 janvier 2024. Toutefois, en conséquence du classement sans suite de cette demande intervenu le
27 octobre 2023, le requérant a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le
28 novembre suivant. M. A B demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui remettre une nouvelle attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé.
3. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, M. A B a été rendu destinataire d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, valable jusqu'au 15 août 2024. Le requérant, présent à l'audience, a confirmé en voir pris possession. Dès lors, la fin de non-lieu à statuer opposée en défense doit être accueillie. En conséquence, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Sur les frais de justice :
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y pas plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par
M. A B sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Article 2 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,
Signé : C. LetortLe greffier,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,