Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405920
vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405920 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, M. B A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à l'administration d'organiser son retour sur le territoire national, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer un document destiné à l'autorité de police malienne et à la compagnie aérienne confirmant qu'il est autorisé à se rendre en France ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'en conséquence de son éloignement effectif, le juge administratif saisi de son recours contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre pourrait rendre une ordonnance de non-lieu à statuer à tout moment, qu'il doit être mis en mesure de produire l'ensemble des pièces et justificatifs utiles à son recours et de se présenter à l'audience, dans le respect des droits de la défense protégés par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- son éloignement, alors qu'un recours contre la mesure d'éloignement, formé dans le délai imparti, est pendant, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours effectif défini à l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel la jurisprudence a reconnu la qualité de liberté fondamentale ;
- alors que le juge des libertés et de la détention a relevé, dans son ordonnance prononçant la seconde prolongation de son placement en rétention du 12 mai, que le recours formé devant le juge administratif faisait obstacle à la mise en œuvre de son éloignement, il n'a pas pu se présenter devant la cour d'appel de Paris ;
- cette situation porte également atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale alors que son père, titulaire d'une carte de résident, et la majorité de sa fratrie, tous de nationalité française, vivent en France ;
- en procédant à son éloignement dans ces circonstances, le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une voie de fait, alors qu'il vient d'atteindre l'âge de 18 ans et que la mesure d'éloignement prise à son encontre le sépare de sa famille pour une durée de trois ans.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.
3. M. A, ressortissant malien né le 4 mars 2006 à Bamako (Mali), entré en France le 1er août 2022, a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. Le 26 février 2024, le requérant a présenté une demande de première délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et par un arrêté du 11 avril suivant, le préfet du Morbihan a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé le placement du requérant en centre de rétention administrative, prolongé par deux ordonnances du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 13 avril et du 12 mai 2024. Par une requête enregistrée le 13 avril 2024, M. A a formé un recours contre l'arrêté pris par le préfet du Morbihan auprès du présent tribunal. Malgré ce recours, la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant a été mise en œuvre le 12 mai 2024. M. A demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à l'administration d'organiser son retour sur le territoire français.
4. Pour justifier de l'urgence s'attachant à l'intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures, M. A soutient que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, qui fait l'objet d'un recours pendant devant le présent tribunal, a pour conséquence de le priver de la possibilité de se présenter à l'audience et de se défendre utilement, alors en outre que le juge administratif saisi de ce recours est susceptible de prendre une ordonnance de non-lieu à statuer, en conséquence de son éloignement. Toutefois, si, dans son ordonnance du 14 mai 2024, la cour d'appel de Paris a déclaré sans objet l'appel formé par le requérant contre la dernière prolongation de son maintien en rétention, au motif qu'il avait fait l'objet d'un éloignement, une telle circonstance ne rend pas sans objet sa requête présentée devant le présent tribunal aux fins d'annulation de l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français et a interdit son retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, qui continue de produire ses effets. De plus, la mise en œuvre de son éloignement ne porte pas une atteinte grave à son droit au recours et à celui d'assurer sa défense, dès lors que la procédure écrite devant le tribunal administratif peut être suivie par son avocat. Dès lors, les circonstances invoquées ne sauraient caractériser une situation d'urgence extrême impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai contraint de quarante-huit heures.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée aux préfets de la Seine-Saint-Denis et du Morbihan.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,