Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406061

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406061
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai et 21 mai 2024, M. A D et M. B E, représentés par Me Candon, demandent au tribunal, statuant en application du II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a mis en demeure les occupants illégalement installés sur un terrain situé au lieu-dit L'Etang, sur le territoire de la commune de Verneuil-l'Etang, de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- cet arrêté est fondé sur un arrêté du maire de Verneuil-l'Etang du 7 juin 2019 qui : n'est pas exécutoire dès lors qu'il n'a pas été publié ni transmis au représentant de l'Etat ; est entaché d'incompétence dès lors que les pouvoirs qu'il met en œuvre sont conférés au président de la communauté de communes de la Brie Nangisienne et qu'il n'apparaît pas que ce dernier ait renoncé à exercer ces pouvoirs par une décision exécutoire ; est entaché d'illégalité dès lors que ni la commune ni la communauté de communes n'ont satisfait à leurs obligations telles qu'énoncées par la loi du 5 juillet 2000 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité en ce que l'occupation en litige ne porte aucune atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la salubrité publique ;

- le délai de quarante-huit heures qui est laissé aux occupants pour quitter les lieux est insuffisant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête ; il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Timothée Gallaud, vice-président, pour statuer sur les requêtes dirigées contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux mentionnées au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 21 mai 2024 à 10 heures en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de MM. D et E.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne a mis en demeure les occupants illégalement installés sur un terrain situé au lieu-dit L'Etang, sur le territoire de la commune de Verneuil-l'Etang, de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures sur le fondement du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000. MM. D et E demandent au tribunal, statuant sur le fondement du II bis de l'article 9 de la même loi, d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 : " I.-Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / () / II.-En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I () le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures () / II bis.-Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de saisine ".

3. Pour prendre l'arrêté en litige, qui met en demeure les occupants installés sur un terrain désigné comme le " site Vermillon Energy " situé au lieu-dit L'Etang, au droit de la route départementale 211, sur le territoire de la commune de Verneuil-l'Etang, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur la circonstance que cette commune appartient à la communauté de communes de la Brie Nangissienne, compétente en matière d'accueil des gens du voyage, en relevant que cette dernière est en conformité avec le schéma départemental d'accueil des gens du voyage de Seine-et-Marne, et sur un arrêté du 7 juin 2019 du maire de Verneuil-l'Etang interdisant le stationnement des résidences mobiles sur le territoire communal.

4. Le troisième alinéa de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences ". Le III du même article fixe les modalités selon lesquelles il peut être fait obstacle à un tel transfert du fait de l'opposition du maire.

5. Les requérants soutiennent, sans être contestés par le préfet de Seine-et-Marne, que le maire de Verneuil-l'Etang n'était pas compétent pour prendre l'arrêté du 7 juin 2019 compte tenu du transfert de compétence intervenu, en application des dispositions qui viennent d'être citées, au profit du président de la communauté de communes de la Brie Nangisienne. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, à la date dudit arrêté, cet établissement public de coopération intercommunale ne s'était pas vu transféré la compétence relative à la création, à l'aménagement, à l'entretien et à la gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, ses statuts en vigueur le 7 juin 2019 n'étant pas, à la date de la présente ordonnance, accessibles en ligne sur le site internet de la préfecture de Seine-et-Marne ou sur celui de la communauté de communes. En outre, il n'apparaît pas davantage qu'il ait été fait application des dispositions du III de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, compte tenu du délai particulièrement bref imparti par le tribunal par le II bis de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de ce que l'arrêté du 7 juin 2019 est entaché d'incompétence doit être accueilli.

6. Le préfet de Seine-et-Marne fait valoir en défense que l'arrêté attaqué pouvait légalement être fondé sur les dispositions de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000, aux termes desquelles : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article ".

7. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance et de la loi du

7 novembre 2018 relative à l'accueil des gens du voyage et à la lutte contre les installations illicites que le législateur a entendu faire bénéficier de la procédure d'évacuation forcée par décision du préfet prévue au II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 les communes de moins de

5 000 habitants non inscrites au schéma départemental d'accueil des gens du voyage et n'entrant dans aucun des cas permettant de prendre un arrêté interdisant sur leur territoire le stationnement en dehors des aires ou terrains prévus à cet effet.

8. Comme le fait valoir lui-même le préfet de Seine-et-Marne, la communauté de communes de la Brie Nangisienne, compétente en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000, à laquelle appartient la commune de Verneuil-l'Etang, satisfait aux obligations qui lui incombent au titre du schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage du département de Seine-et-Marne pour la période 2020-2026. Dans ces conditions, ladite commune entre dans le cas prévu au 1° du I de l'article 9 de la même loi, en sorte qu'elle ne peut bénéficier de la procédure prévue à l'article 9-1 de cette loi.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que MM. D et E sont fondés à soutenir que l'arrêté en litige est dépourvu de base légale. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 17 mai 2024 doit être annulé.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté du 17 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne a mis en demeure les occupants illégalement installés sur un terrain situé au lieu-dit L'Etang, sur le territoire de la commune de Verneuil-l'Etang, de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. D et à M. E, pris ensemble, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, désigné comme mandataire unique, et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie pour information en sera transmise à la commune de Verneuil-l'Etang et à la communauté de communes de la Brie Nangisienne.

Fait à Melun, le 21 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : T. CLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,