Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406080
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 20 mai et le 7 juin 2024 à 07h54, Mme C, représentée par Me Kacou, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors, d'une part qu'elle risque de perdre son contrat à durée indéterminée alors qu'elle a la charge de son enfant mineur, et d'autre part que l'absence de titre lui fait perdre le bénéfice effectif de la protection conférée par le statut de réfugiée ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle alors qu'elle a obtenu le statut de réfugiée par une décision du 30 juin 2023 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles la préfète du Val-de-Marne était tenue de lui délivrer une carte de résident dans le délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance du bénéfice de la protection internationale, soit le 11 octobre 2023 ;
- elle est contraire aux stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la circonstance qu'une nouvelle attestation d'instruction de sa demande lui ait été délivrée n'enlève pas le caractère urgent de sa demande, alors que l'impossibilité d'utiliser la photo numérique produite, d'une validité de six mois, tient uniquement au délai anormal de traitement de sa demande.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Elle fait valoir que :
- il est apparu lors de l'instruction de la demande de Mme B que les
e-photos produites étaient inutilisables, par conséquent la requérante a été invitée à déposer une nouvelle demande de titre, enregistrée le 1er février 2024, qui sera traitée en priorité ;
- une attestation de prolongation de l'instruction de cette demande a été mise à la disposition de Mme B le 23 mai, valable jusqu'au 22 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 7 juin 2024 à 14h00 en présence de
Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- et les observations de Mme B, qui soutient en outre qu'elle est surprise du motif invoqué par le mémoire en défense alors que la photo qu'elle a produite à l'appui de son dossier a servi pour établir le récépissé qui lui a été remis, qu'elle a suivi l'ensemble de la procédure relative au relevé de ses empreintes digitales et a produit de nouvelles photographies.
La préfète du Val-de-Marne n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
1. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que les conclusions présentées par
Mme B auraient perdu leur objet, en conséquence de la mise à la disposition de la requérante d'une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de carte de résident, valable jusqu'au 22 août 2024. Toutefois, un tel document ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour de Mme B mais lui permet simplement de justifier de la régularité de son séjour pendant trois mois, le temps de l'instruction de cette demande. En conséquence, la délivrance d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction ne saurait être regardée comme retirant ou abrogeant la décision implicite par laquelle la préfète a rejeté la demande de titre de séjour présentée par la requérante. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. Mme B, ressortissante colombienne née le 10 mars 1994, entrée en France le 1er novembre 2019, a déposé le 11 juillet 2023 une première demande de titre de séjour sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF) et a bénéficié d'attestations de prolongation de l'instruction de cette demande jusqu'au
30 avril 2024. Par une ordonnance du 16 mai 2024, le juge des référés de ce tribunal a rejeté une requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour.
4. Pour justifier de l'urgence de sa demande, Mme B soutient qu'en conséquence du rejet implicite de sa demande, elle est susceptible de perdre son emploi, alors qu'elle son enfant mineur à charge et que, en sa qualité de réfugiée, l'effectivité de sa protection internationale est compromise. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, la requérante dispose d'une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre, valable jusqu'au 22 août prochain. Par conséquent, à cette date les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite de refus de délivrance du titre de séjour demandé par Mme B.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles à fin d'injonction assorties d'une astreinte.
Sur les frais de justice :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,