Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406081

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406081
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2024, M. A B, représenté par

Me Boulay, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension immédiate de la décision du 22 avril 2024 par laquelle le président de la section disciplinaire de l'Université Paris Est Créteil Val-de-Marne a prononcé son exclusion de tout établissement public d'enseignement supérieur pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la directrice de lui permettre immédiatement de reprendre, réintégrer son cursus et poursuivre sa formation universitaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Université Paris Est Créteil Val-de-Marne une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision litigieuse a pour conséquence de l'empêcher de valider son diplôme de licence de médecine et que l'exclusion qu'elle prononce sera supérieure à deux ans, puisqu'il lui faudra attendre l'ouverture de Parcoursup en janvier 2027 pour une nouvelle inscription ;

- cette situation méconnaît son droit à l'éducation reconnu par l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme et le 13ème alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 ;

- sa réintégration au sein de l'université ne poserait aucune difficulté, en l'absence de retentissement et de publicité excessive autour des faits qui lui sont reprochés ;

- la décision en litige a pour conséquence d'entraîner le retrait de l'aide MDPH qu'il perçoit du CROUS ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de discipline ne respecte ni l'obligation de parité ni le nombre total de membres devant obligatoirement siéger ;

- la décision ne précise pas que la commission de discipline s'est réunie en séance non publique et qu'il a eu la parole en dernier ;

- la sanction en litige est disproportionnée aux faits qui la fondent, alors qu'il ne s'est ni dédouané ni défaussé, qu'il a connu des problèmes familiaux et personnels l'ayant conduit à consulter dans le cadre d'un traitement médical en cours, et qu'il a restitué les ouvrages dès mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 811-11 du code de l'éducation : " Relève du régime disciplinaire prévu aux articles R. 811-10 à R. 811-42 tout usager de l'université lorsqu'il est auteur ou complice, notamment: () 2o De tout fait de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université ". Selon l'article R. 811-14 de ce code, applicable aux usagers du service public de l'enseignement supérieur : " La section disciplinaire du conseil académique compétente à l'égard des usagers comprend:

1° Quatre professeurs des universités ou personnels assimilés au sens du collège A du I de l'article D. 719-4 ; 2° Quatre maîtres de conférences ou personnels assimilés au sens du collège B du I du même article; 3° Huit usagers () ". Enfin, l'article R. 712-15 du même code, applicable à la discipline des enseignants-chercheurs et des personnels exerçant des fonctions d'enseignement, dispose que : " Les membres de la section disciplinaire mentionnée à l'article R. 712-13 sont élus au sein de la commission de la recherche et de la commission de la formation et de la vie universitaire du conseil académique par et parmi les représentants élus relevant du collège auquel ils appartiennent. Chacun des collèges prévus à l'article R. 712-13 est composé à parité d'hommes et de femmes. A cet effet, la moitié des sièges au sein de chaque collège est à pourvoir par des femmes, l'autre moitié par des hommes ".

3. M. B, étudiant en troisième année de médecine au sein de l'Université Paris Est Créteil, a été convoqué le 10 mars 2023 par le responsable de la bibliothèque universitaire pour ne pas avoir restitué neuf ouvrages initialement empruntés. Par une lettre du

26 janvier 2024, le requérant a été informé de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre, et a présenté des observations écrites par un courrier du 14 février suivant. Par une décision du 17 avril 2024, notifiée le 22 avril, la section disciplinaire de l'université a prononcé l'exclusion de M. B de tout établissement public d'enseignement supérieur pour une durée de deux ans. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.

4. Pour prononcer la sanction en litige, la section disciplinaire de l'Université Paris Est Créteil s'est fondée sur le fait que M. B a finalement reconnu avoir soustrait des ouvrages de la bibliothèque universitaire, qu'il avait créé plusieurs comptes sur différentes plateformes de revente d'objets d'occasion, et que les échanges du requérant avec des clients potentiels sur ces dernières révélaient la mise en place d'un véritable trafic d'ouvrages de la bibliothèque universitaire. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du

17 avril 2024.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au président de l'Université Paris Est Créteil.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,