Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406082
lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406082 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2024, M. A B, représenté par
Me Boudjellal, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du 21 novembre 2023 par laquelle le préfet de
Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un récépissé l'autorisant à
travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie, alors en outre que la décision en litige le place dans une situation de précarité économique en le privant de toute ressource, tandis qu'il a été victime d'une agression physique ayant entraîné une incapacité de travail de quatre mois et que son état de santé n'est toujours pas consolidé ;
- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée dès lors qu'elle est exclusivement fondée sur l'existence d'une menace à l'ordre public sans tenir compte des circonstances de sa vie personnelle et familiale ;
- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet de Seine-et-Marne d'apporter la preuve de la régularité de sa convocation devant la commission du titre de séjour ainsi que de la notification de son avis ;
- elle est dépourvue de base légale et méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que les ressortissants algériens sont entièrement régis par les stipulations de l'article franco-algérien ;
- elle est entachée d'erreurs de droit et de fait et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis g de l'accord franco-algérien puisqu'il est père d'un enfant français et exerce son autorité parentale, dont l'effectivité n'a pas à être vérifiée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024 à 13h48, le préfet de
Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie dès lors que M. B n'établit pas être professionnellement inséré dans la société française, et que la reconnaissance d'une situation de handicap comme l'accès aux soins médicaux sont sans rapport avec la régularité du séjour ;
- la légalité de l'arrêté du 9 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour a été confirmée par un jugement de ce tribunal ;
- la décision en litige comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent ;
- M. B a été régulièrement convoqué devant la commission du titre de séjour par une lettre recommandée avec accusé de réception du 5 septembre 2023 envoyée à l'adresse qu'il avait déclarée, et qui lui est parvenue sans erreur d'adressage ;
- il peut faire application de la réglementation générale du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se fonder sur des motifs relatifs à l'ordre public, alors qu'en l'espèce M. B a été interpellé le 8 avril 2024 pour des faits de violence volontaires en présence d'un mineur et qu'il est déjà défavorablement connu des services de police ;
- M. B a été interpellé pour des faits de violence commis sur sa concubine en présence de leur enfant, par conséquent le requérant ne démontre pas le lien affectif qui l'unirait à cet enfant.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 7 juin 2024 à 14h00 en présence de
Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- et les observations de Me Boudjellal, représentant M. B, absent, qui soutient en outre que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est fondée sur le refus de renouvellement de son titre de séjour alors que les deux décisions ne sont pas concomitantes et qu'il est encore dans le délai d'appel contre le jugement confirmatif de cette obligation de quitter le territoire français, qu'il retire le moyen tiré du vice de procédure relatif à sa convocation devant la commission du titre de séjour mais qu'en revanche, la preuve de l'envoi de son avis n'est pas rapportée, qu'une substitution de base légale peut être prononcée par le juge du fond, non par le juge des référés, que la décision en litige indique ne pas avoir pour effet de le séparer de son enfant alors qu'une mesure d'éloignement a été prise ultérieurement, que le visa du TAJ doit respecter un certain formalisme et que la dernière condamnation prononcée à son encontre date de 2020 pour des faits antérieurs, que l'infraction commise le 8 avril 2024 a été classée sans suite et constitue une circonstance postérieure à la décision en litige.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. M. B, ressortissant algérien né le 17 février 1991 à Lakhdaria (Algérie), entré en France au cours de l'année 2010, a bénéficié d'un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " arrivé à expiration le 5 juin 2023, dont le requérant a demandé le renouvellement le 26 avril 2023. Par une décision du 21 novembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
3. Au regard de l'ensemble des pièces produites en défense, aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 21 novembre 2023 par laquelle le préfet de
Seine-et-Marne a rejeté la demande de renouvellement de certificat de résidence présentée par M. B.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.
La juge des référés, La greffière,
Signé : C. Letort Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,