Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406101
vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406101 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. A B peut être entendu comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de sortir du territoire.
Il soutient que :
- son titre de séjour ayant expiré le 15 novembre 2023, il a présenté sur ANEF une demande de renouvellement et a été rendu destinataire d'une simple confirmation du dépôt de cette demande ;
- il a répondu le jour même à la demande de complément d'information reçue sur ANEF, qui lui demandait de prouver sa communauté de vie alors qu'il séjourne en France depuis onze ans, qu'il travaille sous contrat à durée indéterminée, qu'il est marié et père de
deux enfants dont l'un est né en 2023 ;
- il reste sans retour de la part de la préfecture depuis sept mois, malgré de multiples relances ;
- la société Brochure Rapide de Paris pour laquelle il travaille le relance constamment pour régulariser son dossier professionnel ;
- il a subi un accident de travail le 9 avril 2024 et craint de rencontrer des difficultés pour le versement de ses indemnités par la caisse primaire d'assurance maladie, en conséquence de l'impossibilité dans laquelle il se trouve de justifier de la régularité de son séjour ;
- il ne peut plus sortir du territoire français alors qu'il a perdu son père en 2022 et son frère en 2023 en Turquie, alors que l'impossibilité de faire son deuil est psychologiquement insupportable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.
3. M. B, ressortissant turc né le 30 juin 1989 à Elbistan (Turquie), titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 15 novembre 2023, indique avoir déposé sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF), une demande de renouvellement de ce titre de séjour, complétée par l'envoi d'éléments d'information complémentaires. M. B demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à l'administration préfectorale de lui remettre un récépissé.
4. Toutefois, d'une part, M. B ne produit aucun document de nature à démontrer le dépôt sur ANEF de sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'envoi de pièces complémentaires. D'autre part, si le requérant affirme que la société Brochure Rapide de Paris, pour laquelle il travaille sous contrat à durée indéterminée, lui demande de justifier de la régularité de son séjour, une telle circonstance ne ressort pas davantage des pièces produites à l'appui de sa requête. Par conséquent, de telles circonstances ne caractérisent pas de situation d'urgence extrême impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai contraint de quarante-huit heures.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,