Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406108

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406108
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, Mme A B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer l'agrément qu'elle a sollicité pour l'exercice d'une activité d'auto-école ;

2°) d'ordonner un moratoire d'échéanciers sur ses arriérés d'impôts et de charges sociales, qu'elle n'a pas pu honorer en raison du retard dans l'obtention de cet agrément ;

3°) de prononcer un dédommagement à hauteur de 100% de son manque à gagner.

Elle soutient que :

- elle a présenté en 2022 une demande d'agrément préfectoral pour une activité d'auto-école, restée sans suite malgré de multiples relances, bien qu'elle ait obtenu sa capacité de gestion en juin 2023 ;

- en décembre 2023, les services de la préfecture l'ont informée que son dossier est complet et toujours en cours d'instruction ;

- elle cumule un manque à gagner estimé à 416 520 euros par an qui risque de condamner sa société au dépôt de bilan ;

- elle a souscrit un prêt ainsi que deux leasings pour un équipement total de quatre véhicules, et pourrait avoir embauché au minimum deux moniteurs afin de consacrer l'un des véhicules au remplacement en cas de panne ;

- elle parvient à s'acquitter du loyer de son local en travaillant en sous-traitance sur une plateforme en ligne, en revanche elle n'est pas en mesure de s'acquitter de la taxe sur la valeur ajoutée ni des autres charges ;

- elle est âgée de 60 ans, sa carrière a été très hachée pour avoir eu trois enfants, elle se bat pour se sortir de la précarité sans avoir beaucoup cotisé pour la retraite, alors qu'elle a obtenu son diplôme d'enseignante de la conduite à 52 ans.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

3. Il résulte de l'instruction que Mme B a saisi les services de la préfecture du Val-de-Marne d'une demande d'agrément d'un établissement d'enseignement de la conduite, situé au 62 rue de la Jarry à Vincennes, pour laquelle cette dernière lui a demandé la production de pièces complémentaires par une lettre du 6 octobre 2022. A une date indéterminée, la requérante a ensuite été invitée à déposer cette demande sur le site de la préfecture " Démarches simplifiées ". Toutefois, si, dans une lettre adressée à la préfecture à une date illisible, Mme B a indiqué avoir effectué cette démarche le 6 septembre 2023, elle ne produit aucune pièce de nature à établir l'enregistrement effectif de sa demande sur le site internet correspondant. Dans de telles conditions, Mme B ne caractérise pas une situation d'urgence extrême impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai contraint de quarante-huit heures.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie dématérialisée en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,