Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406216
mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. A B demande à la juge des référés d'ordonner la suspension de la saisie à tiers détenteur fiscale n° 0357214137098 SATD 2100012 codique 094007 portant sur des impôts fonciers.
Il soutient que :
- la condition tirée de l'urgence est remplie à raison de l'immédiateté de la saisie ;
- il n'a reçu aucune réponse de la part du service des impôts des particuliers de Créteil malgré de nombreux messages et appels téléphoniques ; il en résulte que les saisies ont été faites sans rapprochement avec l'impôt et le bien ; il souhaite échelonner les sommes réclamées une fois qu'elles seront rattachées au bien avec les dates d'exigibilité ; la saisie concerne probablement l'appartement situé 9 avenue de la Habette à Créteil pour lequel les impôts fonciers dont déjà été saisis sur son salaire sans aucune justification il y a deux ans ; à l'exception des revenus fonciers de l'année 2023, les impôts fonciers relatifs à Créteil ont été payés ; de nombreuses confusions ont été faites quant aux sommes réclamées compte tenu des difficultés importantes de l'administration fiscale à faire des rapprochements entres les saisies et les affectations ; il demande un courrier récapitulatif actualisé expliquant le détail de la saisie demandée au regard des saisies faites et de leur affectation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " (). / A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation accompagnées d'une copie de cette dernière ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / (). / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / () ".
3. Enfin, aux termes de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales : " 1. Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. / (). / L'avis de saisie administrative à tiers détenteur est notifié au redevable et au tiers détenteur. L'exemplaire qui est notifié au redevable comprend, sous peine de nullité, les délais et voies de recours. / La saisie administrative à tiers détenteur emporte l'effet d'attribution immédiate prévu à l'article L. 211-2 du code des procédures civiles d'exécution. Les articles L. 162-1 et L. 162-2 du même code sont applicables. Par dérogation au deuxième alinéa de l'article L. 162-1, lorsque le montant de la saisie administrative à tiers détenteur est inférieur à un montant, fixé par décret, compris entre 500 € et 3 000 €, les sommes laissées au compte ne sont indisponibles, pendant le délai prévu au même deuxième alinéa, qu'à concurrence du montant de la saisie. / () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des procédures civiles d'exécution : " L'acte de saisie emporte, à concurrence des sommes pour lesquelles elle est pratiquée, attribution immédiate au profit du saisissant de la créance saisie, disponible entre les mains du tiers ainsi que de tous ses accessoires. Il rend le tiers personnellement débiteur des causes de la saisie dans la limite de son obligation. / () ".
4. Il résulte de ces dernières dispositions que l'effet d'un avis à tiers détenteur, qui est le transfert à l'Etat de la propriété de la créance du contribuable, s'exerce et s'épuise dès sa notification au tiers détenteur, quelles que soient les conditions dans lesquelles les sommes détenues par le tiers sont ensuite effectivement versées.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, alors même qu'il ne précise pas le fondement juridique sur lequel il entend saisir la juge des référés, peut être regardé comme ayant entendu lui demander de prononcer la suspension de l'exécution de la notification de saisie administrative à tiers détenteur (SATD) en application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Toutefois, s'il entend contester, non pas la légalité du recours, par l'administration, à une mesure destinée à assurer le paiement des impositions qui lui sont réclamées, mais l'existence de l'obligation de payer, il est constant que M. B n'a pas joint à sa requête une copie de celle tendant à ce que le tribunal prononce la décharge de l'obligation de payer. La demande de suspension de l'exécution de la SATD présentée par M. B, qui méconnaît les prescriptions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative, est donc manifestement irrecevable. De surcroît, il ressort des pièces du dossier, et ce n'est pas contesté, que le comptable public a pratiqué le 13 février 2024, soit avant l'introduction de la demande de suspension, en application de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales, une saisie administrative à tiers détenteur auprès de la
Financière des Paiements Electro. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait antérieurement à la SATD sollicité le sursis de paiement des impositions litigieuses à l'appui d'une réclamation préalable d'assiette. Dans ces conditions, eu égard à l'effet d'attribution qui s'y attache en vertu de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales, cette SATD avait produit tous ses effets à la date à laquelle M. B a saisi la juge des référés. La demande de suspension de l'exécution de la SATD qu'il a présentée n'est donc pas davantage recevable.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée à la directrice départementale des finances publiques du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 29 mai 2024.
La juge des référés,
S. BONNEAU-MATHELOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,