Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406252
lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406252 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2024, M. B A, représenté par Me Pluchet, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 décembre 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut et lui a ainsi refusé la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de statuer à nouveau après nouvelle instruction, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sur sa demande de titre de séjour et de lui remettre en attendant une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-sa requête est recevable, dès lors qu'il n'est pas établi que la décision en litige lui ait été régulièrement notifiée ;
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, y compris avec changement de statut ; au surplus, d'une part, la décision en litige l'empêche de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France et l'expose ainsi au risque de faire l'objet d'une retenue aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour ou d'un placement en rétention ; d'autre part, cette décision l'expose également au risque d'être privé de son emploi donc de l'ensemble de ses ressources, son employeur l'ayant informé en mai 2024 qu'il mettrait fin à son contrat de travail s'il ne justifiait pas à bref délai de la possession d'un nouveau titre de séjour ou d'un nouveau récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ; enfin, il ne s'est pas placé lui-même la situation qu'il invoque ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :
*cette décision n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;
*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit au regard de ces dispositions, dès lors que la demande d'autorisation de travail qu'il a déposée le 11 novembre 2023, et qui a d'ailleurs été acceptée le 2 janvier 2024, était en cours d'instruction à la date à laquelle elle a été prise ;
*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
-cette requête est irrecevable, dès lors que la requête en annulation dont fait par ailleurs l'objet la décision en litige est tardive donc elle-même irrecevable ;
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;
-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
-la requête n° 2406248 tendant à l'annulation de l'arrêté contentant la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 10 juin 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella ;
-et les observations de Me Pluchet, représentant M. A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. M. A, qui, de nationalité malgache, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 29 décembre 2021 au 28 décembre 2022, a fait l'objet, le 5 décembre 2023, d'un arrêté par lequel le préfet de
Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un nouveau titre de séjour avec changement de motif, à savoir la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de renvoi. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la seule décision de refus de titre de séjour contenue dans cet arrêté.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A n'a pas sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour, portant la mention " étudiant ", mais la délivrance, sur un autre fondement que celui sur lequel ce titre lui avait été délivré, d'un nouveau titre de séjour portant la mention " salarié ". Par suite, nonobstant la circonstance qu'il est vu remettre plusieurs récépissés de demande de titre de séjour indiquant, à tort, qu'il aurait demandé le renouvellement de son titre de séjour valable jusqu'au 28 décembre 2022, le requérant ne peut, contrairement à ce qu'il prétend, bénéficier en l'espèce de la présomption mentionnée au point précédent.
5. En second lieu, si M. A fait par ailleurs valoir, pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige, qu'il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour en France et qu'il est ainsi exposé au risque de faire l'objet d'une retenue aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour ou d'un placement en rétention, cette circonstance, inhérente à tout refus de titre de séjour, ne peut être regardée comme étant de nature à caractériser la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire en attendant qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige. Il en va de même de la circonstance que son dernier employeur a indiqué, dans un écrit daté du 17 mai 2024, qu'il devrait mettre fin à son contrat de travail à durée indéterminée à temps plein à défaut pour lui d'obtenir un titre de séjour " dans les prochains " jours, dès lors, d'une part, qu'il résulte de l'instruction que le contrat en cause a été conclu le 9 avril 2024, soit plusieurs mois après l'expiration, au 5 décembre 2023, du dernier récépissé de demande de titre de séjour de l'intéressé, soit à une date à laquelle celui-ci ne se trouvait déjà plus en situation régulière, d'autre part, que l'intéressé ne fait état d'aucun élément de nature à établir que la perte de revenus consécutive à son licenciement le placerait pour autant dans une situation l'empêchant de subvenir à ses besoins, alors, notamment, qu'il résulte de l'instruction qu'il vit en concubinage depuis 2018 avec une Française qui exerce une activité salariée avec le statut de cadre depuis le 11 avril 2022.
6. Dans ces conditions, l'urgence requise pour la mise en œuvre des pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme caractérisée en l'état de l'instruction.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer ni sur le moyen en défense tiré de la tardiveté de la requête en annulation de la décision en litige, ni sur la condition tenant à l'invocation d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet de Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 22 juillet 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,