Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406306

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, Mme B C A, représentée par Me Herriot, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle ou, à tout le moins, un récépissé de sa demande de titre de séjour valable durant l'instruction de cette demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer ou, subsidiairement, au rejet de la requête.

Vu :

-la requête n° 2405818 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 10 juin 2024 à 14h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et a déclaré s'en rapporter à la sagesse du tribunal s'agissant des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Mme A, qui, de nationalité guinéenne, déclare être entrée en France en 2012, a déposé une demande de titre de séjour le 7 octobre 2022. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du

Val-de-Marne sur cette demande.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne :

3. La circonstance que Mme A a été convoquée, postérieurement à l'introduction de l'instance, à un rendez-vous en préfecture fixé le 1er juillet 2024 à 12h00 pour le dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour n'est pas, en l'absence de retrait ou d'abrogation de la décision en litige et de délivrance d'un document provisoire de séjour à l'intéressée, de nature à priver d'objet la requête de celle-ci. L'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne ne saurait par suite être accueillie.

Sur les conclusions de la requête :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

5. D'une part, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant distincte de celle tenant à l'invocation d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension de l'exécution est sollicitée, Mme A ne justifie pas de telles circonstances lorsqu'elle soutient que le refus de lui délivrer un titre de séjour ou un récépissé de sa demande de titre de séjour porte une atteinte grave ou disproportionnée ou risque de porter une atteinte grave ou disproportionnée à sa liberté du travail et à sa liberté d'aller et venir ainsi qu'à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

6. D'autre part, si la requérante fait valoir, afin de justifier, pour le surplus, de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige, que le centre hospitalier universitaire de Reims, qui l'emploie depuis le 26 juillet 2022 en qualité de praticienne associée au sein d'un service de court séjour gériatrique, a subordonné le renouvellement de son contrat au-delà du 25 juillet 2024 à la justification avant cette date de la régularité de son séjour en France et qu'il existe ainsi un risque, pour elle, de perdre son emploi donc sa source de revenus, et, pour les habitants de Reims et l'ensemble des citoyens français, d'être privés d'un accès à un spécialiste en gériatrie dans un contexte général de pénurie de médecins en France, elle n'apporte toutefois aucun élément à l'appui de cette allégation, alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle se trouvait en situation irrégulière lors de la conclusion du contrat en cause, le 21 juillet 2022, pour une période d'un an, ainsi que lors du premier renouvellement de ce contrat, le 12 juin 2023, pour une nouvelle période d'un an. L'intéressée n'apporte par ailleurs pas davantage d'éléments à l'appui de ses allégations selon lesquelles ses déplacements seraient restreints et ses démarches administratives bloquées en raison de l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de justifier de la régularité de sa situation.

7. Dans ces conditions, l'urgence requise pour la mise en œuvre des pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme établie en l'état de l'instruction.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 17 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZanellaLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière