Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406330

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406330
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mai 2024 et le 27 mai 2024, M. A B, représenté par Me Ouabbou, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 mai 2024 lui refusant l'admission sur le territoire français et de la décision du même jour prononçant son placement en zone d'attente ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à sa libération immédiate et de le laisser pénétrer sur le territoire français, sous astreinte de 600 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il risque à tout moment d'être réacheminé vers son pays de provenance et que les décisions attaquées l'empêchent de rejoindre son alternance qu'il doit reprendre sans délai sous peine de licenciement, compromettant ainsi l'obtention de son diplôme ;

- les décisions attaquées portent atteinte à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté professionnelle et à son droit de travailler ainsi qu'à son droit à l'instruction ;

- cette atteinte est manifestement illégale dès lors qu'il remplit les conditions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il remplissait également ces conditions au titre de l'année scolaire 2022-2023 et que le préfet de police ne pouvait donc légalement, comme il l'a fait par son arrêté du 30 avril 2024, lui refuser le renouvellement de son titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision de placement en zone d'attente, de sorte que celles-ci sont irrecevables ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucune atteinte manifestement illégale n'a été portée à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Le Broussois pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, M. Le Broussois a lu son rapport et entendu les observations de Me Ouabbou, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il soutient en outre que les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente, en l'absence de justification de la délégation de signature dont aurait bénéficié l'auteur desdites décisions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité marocaine, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions du 20 mai 2024 par lesquelles le brigadier-chef de police relevant de la direction de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly lui a refusé l'entrée sur le territoire français et a prononcé son placement en zone d'attente en application respectivement des articles L. 332-1 et L. 341-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne le placement en zone d'attente :

3. Aux termes de l'article L. 341-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui arrive en France par la voie ferroviaire, maritime ou aérienne et qui n'est pas autorisé à entrer sur le territoire français peut être placé dans une zone d'attente située dans une gare ferroviaire ouverte au trafic international figurant sur une liste définie par voie réglementaire, dans un port ou à proximité du lieu de débarquement ou dans un aéroport, pendant le temps strictement nécessaire à son départ ". Aux termes de l'article L. 341-2 du même code : " Le placement en zone d'attente est prononcé pour une durée qui ne peut excéder

quatre jours par une décision écrite et motivée d'un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 342-1 du même code : " Le maintien en zone d'attente au-delà de quatre jours à compter de la décision de placement initiale peut être autorisé, par le juge des libertés et de la détention statuant sur l'exercice effectif des droits reconnus à l'étranger, pour une durée qui ne peut être supérieure à huit jours ". Aux termes de l'article L. 342-12 du même code : " Les ordonnances du juge des libertés et de la détention mentionnées à la présente section sont susceptibles d'appel devant le premier président de la cour d'appel ou son délégué. L'appel peut être formé par l'étranger, le ministère public et l'autorité administrative compétente ".

4. En l'espèce, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Créteil a, par une ordonnance du 24 mai 2024, autorisé le maintien en zone d'attente de M. B pour une durée de huit jours. Il en résulte que la décision contestée du 20 mai 2024 prononçant son placement en zone d'attente pour une durée de quatre jours avait, à la date du 25 mai 2024 d'introduction de sa requête, cessé de produire effet. La décision du juge des libertés et de la détention qui s'y est substituée relève du seul contrôle de l'autorité judiciaire. Il suit de là que les conclusions du requérant afférentes à ladite décision de placement sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables.

En ce qui concerne le refus d'entrée en France :

5. En premier lieu, il résulte tant des termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée que doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de l'autorité administrative et la gravité de ses effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause. L'incompétence alléguée du signataire de la décision de refus d'entrée litigieuse ne saurait, par elle-même, porter une atteinte grave à l'exercice des libertés invoquées par le requérant.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières

Schengen) ; () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () ; b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil (25), sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à

un an. / () ".

7. Pour refuser à M. B l'entrée sur le territoire français, le brigadier-chef de police relevant de la direction de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'était pas détenteur d'un visa ou d'un permis de séjour valable, en relevant que, s'il avait présenté une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant expirant le 11 avril 2023 ainsi qu'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de ce titre délivrée le 26 avril 2024, cette dernière attestation n'était plus valable du fait de l'intervention, le 30 avril 2024, d'un arrêté du préfet de police ayant rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour et lui ayant fait obligation de quitter le territoire français. Le requérant soutient que la décision de refus d'entrée qui lui a ainsi été opposée est entachée d'une illégalité manifeste au motif qu'il remplissait les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet de police, par son arrêté précité du 30 avril 2024, ne pouvait donc légalement lui refuser ce renouvellement et lui faire obligation de quitter le territoire français. Toutefois, il résulte de l'instruction que si M. B, qui a commencé ses études supérieures en France à compter de l'année 2015-2016, a obtenu un " bachelor of business administration ", diplôme de niveau master 1 délivré par l'EDHEC Business School au titre de l'année 2019-2020, il n'a ensuite justifié d'aucune progression dans son parcours au titre des années 2020-2021, 2021-2022 et 2022-2023, en l'absence notamment de validation de son master 2 en " gestion des risques et des actifs " suivi à l'université Paris-Saclay au titre de l'année 2021-2022. Dans ces conditions, et alors qu'il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte, notamment, de la progression et de la cohérence du cursus suivi, le préfet de police, en estimant que M. B, alors même qu'il était inscrit au titre de l'année 2023-2024 en master 2 " gestion de portefeuille " à l'IAE de Paris-Est, ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, et en lui refusant pour ce motif le renouvellement de son titre de séjour, n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus d'entrée en France qui lui a été opposé le 20 mai 2024 aurait porté une atteinte manifestement illégale aux libertés fondamentales qu'il invoque et en particulier à la liberté d'aller et venir.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que les conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Melun, le 30 mai 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : N. Le BroussoisSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,