Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406410

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2023, M. A B, représenté par

Me Chayé, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de le convoquer pour qu'il puisse se voir remettre un titre de séjour en cours de validité, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à venir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que, de nationalité chinoise, il est entré en France en 2019 avec un visa d'étudiant, qu'il a eu des titres de séjour en cette qualité dont le dernier est arrivé à expiration le 3 mars 2023, qu'il en a demandé le renouvellement le 10 février 2023, qu'il a d'abord eu une attestation de prolongation d'instruction puis, le 5 juillet 2023, une attestation de décision favorable, que son attestation de prolongation d'instruction n'a donc pas été renouvelée mais que sa carte de séjour ne lui a jamais été délivrée, que toutes ses demandes de remise de ce titre sont restées lettre morte et qu'il ne peut demander le renouvellement de ce titre de séjour, que la condition d'urgence car il ne dispose d'aucun titre de séjour alors qu'il a bénéficié d'une décision favorable et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressé étant convoqué le

6 juin 2024 pour la remise de son titre de séjour.

Par un mémoire en réplique enregistré le 31 mai 2024, M. A B, représenté par Me Chayé, conclut aux mêmes fins.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant chinois né le 7 mars 2000 dans la province du Fujian, entré en France le 15 février 2019 muni d'un visa d'étudiant délivré par les autorités consulaires françaises à Canton, a bénéficié de titres de séjour en cette qualité délivrés par le préfet du Val-de-Marne, dont le dernier était valable jusqu'au 3 mars 2023. Il en a demandé le renouvellement le 10 février 2023 et a bénéficié, le 22 juin 2023, d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 21 septembre 2023. Le 5 juillet 2023, la préfète du Val-de-Marne lui a délivré une attestation de décision favorable lui indiquant qu'une carte de séjour valable jusqu'au 3 mars 2024 était mise en fabrication. Cette carte ne lui a jamais été délivrée, y compris après son échéance, rendant impossible toute dépôt de demande de renouvellement sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France ainsi que le renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction. Il a donc demandé au juge des référés, par sa requête enregistrée le 27 mai 2024, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer sa carte de séjour et lui permettre d'en demander le renouvellement. Postérieurement à sa requête, soit le 30 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne a convoqué l'intéressé pour le 6 juin 2024 en vue du renouvellement de son titre de séjour.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Ainsi, qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué M. B le 6 juin 2024 en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour. L'intéressé ne soutenant pas, près de deux mois plus tard, que ce rendez-vous n'a pas été honoré ni qu'il ne lui a pas été remis ce jour-là un récépissé de demande de titre de séjour, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Chayé, conseil de

M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 500 euros à Me Chayé, conseil de M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Chayé et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,