Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406592

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406592
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Obeng-Kofi, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions de refus d'entrée sur le territoire français et de placement en zone d'attente dont elle a fait l'objet le 28 mai 2024 et, en conséquence, sa remise en liberté ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative est remplie, dès lors que les décisions en litige l'empêchent d'accompagner et d'assister son conjoint qui, malade, doit subir une intervention chirurgicale, et qu'elles constituent ainsi une source de stress supplémentaire alors qu'elle est complètement atteinte psychologiquement ;

-il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue la liberté d'aller et venir, dès lors que le refus d'entrée sur le territoire français qui lui est opposé repose sur des motifs entachés d'" erreur manifeste d'appréciation " et d'" erreur de droit " et que son placement en zone d'attente est illégal en raison de l'illégalité de ce refus.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Mme A, qui est de nationalité ivoirienne, a fait l'objet le 28 mai 2024, après son arrivée au point de passage frontalier de l'aéroport de Paris-Orly en provenance d'Abidjan (Côte d'Ivoire), d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français ainsi que d'une décision de placement en zone d'attente. Sa requête tend à la suspension de l'exécution de ces deux décisions et, en conséquence, à sa remise en liberté sur le fondement des dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

3. Aux termes de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour. " Aux termes de l'article L. 341-1 du même code : " L'étranger qui arrive en France par la voie ferroviaire, maritime ou aérienne et qui n'est pas autorisé à entrer sur le territoire français peut être placé dans une zone d'attente [], pendant le temps strictement nécessaire à son départ. "

4. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / [] 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'État relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement []. " Aux termes de l'article R. 313-2 du même code : " Afin de justifier qu'il possède les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour, l'étranger qui sollicite son admission en France peut notamment présenter des espèces, des chèques de voyage, des chèques certifiés, des cartes de paiement à usage international ou des lettres de crédit. / La validité des justificatifs énumérés au premier alinéa est appréciée compte tenu des déclarations de l'intéressé relatives à la durée et à l'objet de son séjour ainsi que des pièces produites à l'appui de ces déclarations et, le cas échéant, de la durée de validité du visa. "

5. Il ressort des mentions de la décision de refus d'entrée sur le territoire français en litige que cette décision a été prise au motif que Mme A ne remplissait pas la condition prévue au 2° de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute d'être détentrice d'une réservation d'hôtel ou d'une attestation d'hébergement et d'être en possession d'argent pour subsister durant son séjour en France.

6. D'une part, si la requérante produit une " attestation d'hébergement " datée du 11 avril 2024 et indiquant que son conjoint et elle seraient hébergés par un particulier à Vaujours (Seine-Saint-Denis) du 29 avril au 29 juin 2024, soit, au demeurant, durant une période différente de celle correspondant à la durée de validité du visa de court séjour sous le couvert duquel elle a entendu entrer en France, elle n'établit toutefois pas, ni même n'allègue, qu'elle détenait effectivement ce document lors de son arrivée au point de passage frontalier de l'aéroport de Paris-Orly.

7. D'autre part, l'intéressée ne justifie pas qu'au même moment, elle aurait disposé de moyens d'existence suffisants pour faire face à ses frais de séjour en se bornant, à cet égard, à produire un relevé bancaire pour la période du 1er février au 10 mai 2024 et à soutenir, sans apporter aucun élément à l'appui de cette allégation, que son conjoint serait détenteur d'une carte de paiement à usage international.

8. Dans ces conditions, il apparaît manifeste, en l'état de l'instruction, qu'elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions portant refus d'entrée sur le territoire français et placement en zone d'attente qui ont été prises à son encontre le 28 mai 2024 portent une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, notamment à la liberté d'aller et venir dont elle se prévaut.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Melun, le 31 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZANELLA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,