Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406734
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406734 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, M. B A, représenté par Me Camus, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet, par la préfète du Val-de-Marne, de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, " salarié " ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, en attendant, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé lui permettant d'exercer une activité professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer ou, subsidiairement, au rejet de la requête.
Vu :
-la requête n° 2406736 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 19 juin 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella ;
-les observations de Me Camus, représentant M. A, présent, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
-et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et déclaré s'en rapporter à la sagesse du tribunal s'agissant des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. M. A, ressortissant algérien entré en France le 12 octobre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour, a déposé, le 5 octobre 2018, une demande d'admission exceptionnelle au séjour qui a d'abord été rejetée expressément par un arrêté du 22 septembre 2020 ultérieurement abrogé et qu'il a par la suite confirmée, notamment par un courriel du 7 avril 2023, en précisant qu'elle avait désormais pour objet l'obtention, à titre principal, d'un certificat de résidence
d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " salarié ". Sa requête tend à la suspension, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet de cette demande par la préfète du Val-de-Marne.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne :
3. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, la circonstance que M. A a été reçu en préfecture le 10 juin 2024 et qu'il s'est vu remettre à cette occasion un nouveau récépissé de sa demande de titre de séjour qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle jusqu'au 9 septembre 2024 n'est pas, en l'absence de retrait ou d'abrogation de la décision en litige, de nature à priver d'objet les conclusions principales de l'intéressé tendant à la suspension de l'exécution de cette décision. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne doit être écartée.
Sur les conclusions de la requête :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. Pour justifier l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A fait valoir qu'à défaut de délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité ou de renouvellement de son dernier récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au
17avril 2024, il n'est plus autorisé, depuis cette date, à séjourner et à circuler en France, ni à y exercer une activité professionnelle, et qu'il se trouve ainsi exposé au risque de perdre temporairement ou définitivement l'emploi qu'il occupe depuis huit ans et d'être retenu par les services de police en cas de contrôle d'identité. Il fait également valoir que la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour est anormalement longue, alors qu'il a accompli toutes les démarches en vue de régulariser sa situation administrative depuis 2018 et fourni toutes les pièces complémentaires qui lui ont été réclamées par les services préfectoraux, et que, par ailleurs, il est intégré professionnellement et, étant marié avec une compatriote titulaire depuis plusieurs années d'un titre de séjour portant la mention " salarié " avec laquelle il a eu deux enfants nés en 2021 et en 2023, il dispose d'une situation familiale stable. Il fait en outre valoir que son épouse, ses enfants et lui vivent actuellement dans un logement insalubre et que la circonstance qu'il ne détient pas un titre de séjour les empêche d'accéder à un autre logement alors que son fils présente un état de santé nécessitant un logement sain, sans humidité ou moisissures, ni nuisibles. Il déclare enfin à la barre qu'il connaît fréquemment, parce que les récépissés de sa demande de titre de séjour ne sont délivrés que pour une durée de validité de deux, trois ou quatre mois et que leur renouvellement n'est pas automatique, des situations de rupture de droit au séjour qui entraînent des blocages multiples.
6. Toutefois, en premier lieu, la durée de l'instruction de la demande de titre de séjour du requérant ne saurait, en tout état de cause, être regardée comme anormalement longue, dès lors qu'en vertu des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande de titre de séjour fait naître, au terme d'un délai fixé en principe à quatre mois, une décision implicite de rejet de cette demande.
7. En deuxième lieu, l'intégration professionnelle et la situation familiale du requérant ne sont pas de nature, par elles-mêmes, à établir la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire en attendant qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.
8. En troisième lieu, le requérant n'établit, par les pièces qu'il verse au dossier, ni l'insalubrité de son logement actuel, ni l'impossibilité d'en obtenir un autre en raison de l'irrégularité de sa situation.
9. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, le requérant est détenteur, à la date de la présente ordonnance, d'un document provisoire qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle jusqu'au 9 septembre 2024.
10. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance, purement hypothétique, que l'intéressé pourrait introduire une nouvelle instance de référé s'il n'obtenait pas, avant l'expiration de la durée de validité de ce document, la délivrance d'un titre de séjour ou le renouvellement dudit document, l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme caractérisée en l'espèce.
11. Il résulte ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 23 juillet 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,