Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406745
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406745 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, M. B A, représenté par Me Camus, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une Française ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, en attendant, une autorisation provisoire de séjour, un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction lui permettant d'exercer une activité professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-sa requête est recevable, dès lors que le délai de recours contentieux de deux mois ne lui est pas opposable et que la décision en litige fait par ailleurs l'objet d'une requête en annulation ;
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que, depuis l'expiration de son attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour, ni exercer une activité professionnelle, et se trouve ainsi dans une situation qui, alors qu'il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une Française et que
celle-ci est en outre enceinte, d'une part, l'empêche d'occuper un emploi donc de contribuer pleinement aux charges de son ménage, l'entreprise de travail temporaire qui l'employait auparavant ayant mis fin à sa dernière mission d'intérim et subordonné l'attribution de toute autre mission de ce type à l'obtention d'un titre de séjour ou d'un nouveau document provisoire de séjour, d'autre part, l'expose au risque, en cas de contrôle d'identité, de faire l'objet d'une retenue aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :
*cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer ou, subsidiairement, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-cette requête est devenue sans objet, dès lors que son auteur s'est vu délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au
4 septembre 2024 ;
-pour la même raison, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.
Vu :
-la requête n° 2406744 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 19 juin 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella ;
-les observations de Me Camus, représentant M. A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant que : la délivrance d'un nouveau document provisoire de séjour au requérant postérieurement à l'introduction de l'instance n'a pas eu pour effet de retirer ou d'abroger la décision en litige ; aucune explication n'a été donnée quant au retard à délivrer le document en cause ; ce document ne permet pas au requérant de conclure un contrat de travail à durée indéterminée ; rien ne garantit que la demande de titre de séjour du requérant soit traitée avant l'expiration dudit document ;
-et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et déclaré s'en remettre à la sagesse du tribunal s'agissant des conclusions relatives aux frais liés au litige.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. M. A, qui est de nationalité tunisienne, a déposé le 12 septembre 2023, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une première demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de conjoint d'une Française. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par la préfète du Val-de-Marne.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne :
3. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, la circonstance que, postérieurement à l'introduction de l'instance, M. A s'est vu délivrer une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle du 5 juin au 4 septembre 2024 n'est pas, en l'absence de retrait ou d'abrogation de la décision implicite de rejet en litige, de nature à priver d'objet l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressé, notamment celles tendant à la suspension de l'exécution de cette décision. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne ne saurait être accueillie.
Sur les conclusions de la requête :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. Pour justifier l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A fait valoir qu'à défaut de délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité ou de renouvellement de l'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, il n'est plus autorisé, depuis le 25 avril 2024, à séjourner en France, ni à y exercer une activité professionnelle, et qu'il se trouve ainsi dans une situation qui, alors qu'il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une Française et que celle-ci est en outre enceinte, d'une part, l'empêche d'occuper un emploi donc de contribuer pleinement aux charges de son ménage, l'entreprise de travail temporaire qui l'employait auparavant ayant mis fin à sa dernière mission d'intérim et subordonné l'attribution de toute autre mission de ce type à l'obtention d'un titre de séjour ou d'un nouveau document provisoire de séjour, d'autre part, l'expose au risque, en cas de contrôle d'identité, de faire l'objet d'une retenue aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, le requérant est détenteur, à la date de la présente ordonnance, d'un document provisoire qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle jusqu'au 4 septembre 2024. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que ce document ne permettrait pas la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée et qu'il ne garantirait pas un réexamen, avant son expiration, de la demande de titre de séjour de l'intéressé, l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme caractérisée en l'espèce.
6. Il résulte ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 23 juillet 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,