Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407001

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2024, M. C D B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que l'absence de récépissé le maintient dans une situation précaire, alors qu'il a été employé pendant la période de pandémie et que le 24 mai 2024, la direction des ressources humaines lui a demandé de justifier de la régularité de sa situation administrative ;

- l'absence de récépissé l'expose au risque de perdre son emploi, alors qu'il a obtenu le 21 mars 2024 le certificat d'aptitude professionnelle de gardien d'immeuble que son employeur l'avait incité à présenter ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, faute de réponse dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs reçue le 9 novembre 2023 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 18 juin 2024 au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 juin 2024 à 14h00 en présence de

Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- et les observations de Me Yacoub, représentant M. B, présent, qui soutient en outre que son emploi est menacé alors que la société HLM qui l'a recruté au cours de la pandémie ne s'était alors pas inquiétée de la régularité de sa situation, et qu'il justifie de sa parfaite intégration au sein de la société française, par son expérience professionnelle et son engagement associatif depuis 2017.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. B, ressortissant béninois né le 29 octobre 2016 à Gbeto (Bénin), entré en France le 29 octobre 2016, a signé le 21 février 2022 un Pacte Civil de Solidarité (PACS) avec Mme A, compatriote en situation régulière. Le 5 juin 2023, le requérant a saisi le préfet de Seine-et-Marne d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour. M. B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle sa demande a été rejetée, née du silence gardé pendant quatre mois par les services de la préfecture de Seine-et-Marne.

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction que M. B, employé en qualité de gardien d'immeuble depuis le 6 juillet 2020 par la société HLM Toit et Joie sous contrat à durée déterminée, transformé en contrat à durée indéterminée à temps complet le

1er octobre suivant, a été récemment invité à justifier de la régularité de sa situation administrative, et démontre ainsi la menace pesant sur sa situation professionnelle, alors qu'il a obtenu le 21 mars 2024 un certificat de qualification professionnelle correspondant à ses fonctions. Dans de telles circonstances, la décision en litige doit être regardée comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation personnelle du requérant, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ",

" travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, l'article L. 232-4 de ce code dispose que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. M. B, signataire d'un Pacte Civil de Solidarité le 21 février 2022 avec Mme A, compatriote titulaire d'une carte de résident, et qui justifie de son engagement régulier auprès d'associations, a saisi le préfet de Seine-et-Marne d'une demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, par une lettre recommandée reçue le 9 novembre 2023, à laquelle le préfet n'allègue pas avoir répondu dans le délai d'un mois à compter de cette réception, défini par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Au regard de ces circonstances, les moyens de la requête tirés du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. B.

8. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de cette décision doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La suspension prononcée implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre à M. B un récépissé et de le renouveler jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais de justice :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de

Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre à M. B un récépissé et de le renouveler jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés, La greffière,

Signé : C. Letort Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,