Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407003

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2024, M. A B, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre la décision du 16 mai 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'en sa qualité de demandeur d'asile, il appartient à un groupe de population particulièrement vulnérable, et que la décision en litige le prive d'un hébergement, de toutes ressources ainsi que de l'accès à son accompagnement administratif et social ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée, à défaut de préciser ni les dates des entretiens ni les autorités auprès desquelles il ne se serait pas rendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des faits pertinents.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- M. B ne démontre pas l'urgence de sa demande alors qu'il s'est lui-même placé dans la situation qu'il invoque, à défaut d'avoir honoré ses convocations par ses services en date du 28 mars et du 18 avril 2024, adressées par sms ;

- le requérant ne fait état d'aucun motif légitime justifiant ces absences, alors qu'il n'a pas présenté d'observations dans le délai qui lui était imparti ;

- M. B ne démontre pas la dégradation de ses conditions de vie et peut bénéficier d'une prise en charge par le dispositif du 115, alors que la décision en litige n'a pas pour conséquence de mettre fin à l'accompagnement du requérant ;

- le requérant ne peut être regardé comme présentant une vulnérabilité particulière dès lors qu'il n'a signalé aucun besoin spécifique lors de sa prise en charge ;

- la décision contestée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent ;

- elle n'est entachée d'aucun vice de procédure, alors que M. B a bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité lors de sa prise en charge et que le courrier d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil lui a été régulièrement notifié le 30 avril 2024 ;

- contacté avec le numéro de portable qu'il a communiqué, le requérant ne s'est jamais manifesté auprès de ses services.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2024 à 14h00 en présence de

Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- et les observations de Me Jaslet, substituant Me Fauveau Ivanovic, représentant

M. B, absent, qui soutient en outre qu'il risque d'être expulsé du centre d'hébergement de Créteil, que la décision litigieuse ne précise pas les rendez-vous manqués ce qui ne lui permet pas de savoir ce qui lui est reproché, que les convocations invoquées sont étranges dès lors que sa carte ADA fonctionne parfaitement et qu'il n'a jamais reçu les sms en question, dont l'envoi n'est pas démontré.

Le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. M. B, ressortissant burkinabé né le 1er janvier 2002 à Kalsaka (Burkina Faso), a présenté le 19 juillet 2023 une demande d'asile auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Val-de-Marne, enregistrée en procédure normale. Le même jour, le requérant s'est vu proposer des conditions matérielles d'accueil qu'il a acceptées. Par une lettre en date du 18 avril 2024, M. B a été informé de l'intention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de mettre fin à son bénéfice de ces conditions. Par une décision du 16 mai 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a prononcé la cessation de ces conditions matérielles d'accueil. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.

4. Au regard de l'ensemble des pièces produites par les parties, aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'une astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

La juge des référés,La greffière,

Signé : C. LetortSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,