Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407004

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2024, M. A B, représenté par

Me Da Costa Cruz, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour en date du 21 février 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai d'un mois à compter de la même notification et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il est en première année de formation d'ingénieur en énergétique au sein de Sup'Galilée - Université Sorbonne Paris Nord et qu'il doit réaliser un stage obligatoire de découverte de l'entreprise durant la période estivale afin de valider sa formation ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, faute pour la préfète du Val-de-Marne d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs du 6 juin 2024, reçue le 10 juin ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article

L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer.

Elle fait valoir que M. B a été convoqué le 11 juin 2024 pour le renouvellement de son récépissé, valable jusqu'au 10 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2024 à 14h00 en présence de

Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- et les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.

M. B n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

1. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que les conclusions présentées par

M. B auraient perdu leur objet, en conséquence de la convocation du requérant le

11 juin 2024 afin de lui remettre un nouveau récépissé. Toutefois, s'il ressort de la dernière production de la défense qu'un tel document a effectivement été remis à M. B, valable jusqu'au 10 septembre prochain, ce récépissé ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour du requérant mais lui permet simplement de justifier de la régularité de son séjour pendant trois mois, le temps de l'instruction de cette demande. En conséquence, la délivrance d'un nouveau récépissé ne saurait être regardée comme retirant ou abrogeant la décision implicite par laquelle la préfète a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. M. B, ressortissant syrien né le 22 juin 2003 à Homs (Syrie), entré en France le 26 juillet 2016, a obtenu le bénéfice de la protection internationale au cours de l'année 2017. En janvier 2023, le requérant a présenté une demande de titre de séjour en qualité de réfugié sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF), puis a été invité à se rapprocher des services de la préfecture du Val-de-Marne afin de déposer cette demande. En l'absence de réponse à ses demandes de rendez-vous,

M. B a formé une requête en référé mesures utiles, et par une ordonnance

n° 2305952 du 18 septembre 2023, le juge des référés de ce tribunal a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de fixer un rendez-vous au requérant, qui a eu lieu le 21 novembre 2023.

M. B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle sa demande de titre a été rejetée, née du silence gardé pendant quatre mois par les services de la préfecture du Val-de-Marne.

4. Pour justifier de l'urgence de sa demande, M. B soutient que, inscrit en première année de formation ingénieur énergétique au sein de l'Université Sorbonne Paris Nord, il se trouve empêché d'effectuer le stage obligatoire de découverte de l'entreprise qu'il doit réaliser pendant un mois minimum au cours de la période estivale 2024, afin de valider sa formation. Toutefois, la préfète du Val-de-Marne produit en dernier lieu une capture d'écran selon laquelle le requérant, convoqué postérieurement à l'enregistrement de sa requête, se serait vu remettre le 11 juin 2024 un récépissé valable jusqu'au 10 septembre prochain.

M. B ne conteste pas cette affirmation. Par conséquent, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à démontrer l'existence de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles à fin d'injonction avec astreinte.

Sur les frais de justice :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative ainsi que celles à fin d'injonction avec astreinte sont rejetées.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,La greffière,

Signé : C. LetortSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,