Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407116

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, M. A C B, représenté par Me Macarez, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne (sous-préfet de Fontainebleau) a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que, de nationalité pakistanaise, il est entré en France le 18 octobre 2021 sous couvert d'un visa d'étudiant, qu'il a eu une carte de séjour en cette qualité valable jusqu'au 19 octobre 2023, que sa famille est venue le rejoindre régulièrement en France, qu'il a obtenu un diplôme de fin d'études approfondies en stomatologie pédiatrique me 10 janvier 2023, qu'il a alors sollicité du préfet de Seine-et-Marne la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", et que, par une décision du 7 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il a demandé le renouvellement de son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'une erreur de fait, son diplôme étant un diplôme de fins d'études approfondies, quelle est insuffisamment motivée, et entaché d'un défaut d'examen particulier ainsi que d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu

- la décision attaquée,

- les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 12 mai 2011 fixant la liste des diplômes au moins équivalents au master pris en application du 2° de l'article R.311-35 et du 2° de l'article R.313-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024 sous le numéro 2405231, M. B a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 28 juin 2024, présenté son rapport en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience et entendu les observations de Me Macarez, 1représentant M. B, requérant, absent, qui rappelle qu'il est étudiant en stomatologie et qu'il a eu une promesse d'embauche avec une autorisation de travail, qu'il ne peut l'honorer s'il n'a pas de récépissé, et que la décision en cause est entachée d'une erreur de droit car son diplôme est du niveau de celui de master.

Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant pakistanais né le 24 août 1995 à Lahore, entré en France le 18 octobre 2021 muni d'un visa d'étudiant délivré par les autorités consulaires françaises à Islamabad, a bénéficié d'une carte de séjour en cette qualité délivrée par le préfet de Seine-et-Marne et valable jusqu'au 19 octobre 2023. Titulaire d'un diplôme de chirurgien-dentiste délivré au Pakistan en décembre 2017, il a obtenu le 10 janvier 2023 un diplôme de fin d'études approfondies en stomatologie pédiatrique délivré par le Groupe d'études pour la recherche et le perfectionnement en stomatologie pédiatrique, présidé par un chef de service adjoint du service de stomatologie maxillo-faciale et plastique pédiatrique de l'hôpital Robert Debré à Paris. A l'issue de ses études, il a sollicité du préfet de Seine-et-Marne, le 13 octobre 2023, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " en faisant valoir un contrat de travail à durée indéterminée comme analyste en imagerie dentaire pour entraînement en intelligence artificielle conclu avec la société " WeDiagnostiX " de Vaucresson (Hauts-de-Seine). Sans que lui soit délivré dans l'intervalle des autorisations provisoires de séjour, le préfet de Seine-et-Marne (sous-préfet de Fontainebleau) a refusé, le 21 mars 2024, de faire droit à sa demande, sans toutefois assortir sa décision d'une obligation de quitter le territoire français. Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, il a alors demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par sa requête enregistrée le 11 juin 2024, la suspension de son exécution.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

Sur l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. En l'espèce, M. B a demandé le renouvellement de son droit au séjour en France par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". La condition d'urgence est donc satisfaite.

Sur le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée

5. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants :

1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; () ". Aux termes de l'article L. 422-11 du même code : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " est délivrée en application du 1° de l'article L. 422-10, son titulaire est autorisé, pendant la durée de validité de cette carte, à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation ou ses recherches, assorti d'une rémunération supérieure à un seuil fixé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné. A l'issue de cette période d'un an, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 422-10 se voit délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " prévue aux articles L. 421-1 ou L. 421-3, ou la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent ", " passeport talent-carte bleue européenne " ou " passeport talent-chercheur " prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11, L. 421-14 ou L. 421-20, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi ". Et aux termes du point 26 de l'annexe 10 à ce code précisant la liste des pièces justificatives à produire pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " : " () - diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu le 10 janvier 2023 un diplôme de fin d'études approfondies en stomatologie pédiatrique délivré par le Groupe d'études pour la recherche et le perfectionnement en stomatologie pédiatrique, présidé par un chef de service adjoint du service de stomatologie maxillo-faciale et plastique pédiatrique de l'hôpital Robert Debré à Paris. Le préfet de Seine-et-Marne ne contestant pas que ce diplôme soit un " diplôme au moins équivalent au grade de master " au sens de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'annexe 10 (point 26) et de l'arrêté du 12 mai 2011 susvisé, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard de ces dispositions est de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunis, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8.Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.

11. En l'espèce, la présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision refusant à M. B la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", implique nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne lui remette en mains propres, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, ou tout autre document en tenant lieu, valables et éventuellement renouvelés sans discontinuité, jusqu'au jugement à intervenir sur la requête enregistrée le 27 avril 2024, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de sept jours.

Sur les frais du litige

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne (sous-préfet de Fontainebleau) a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre en mains propres à M. B, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, ou tout autre document en tenant lieu, lesquels devront être valables, et éventuellement renouvelés sans discontinuité, jusqu'au jugement à intervenir sur la requête enregistrée le 27 avril 2024, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de sept jours.

Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera une somme de 1.500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLe greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2407116