Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407129

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. A B, représenté par Me Place, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-7 et L. 911-8 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la liquidation de l'astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard en raison de l'inexécution totale par la préfecture du Val-de-Marne de l'ordonnance rendue par le tribunal de céans le 23 janvier 2024 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2.400 € sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il indique que la préfète du Val-de-Marne n'a pas exécuté l'ordonnance du 23 janvier 2024 qui l'avait enjointe de lui remettre son titre de séjour dans un délai de dix jours et que sa demande d'exécution présentée devant le tribunal n'a donné aucun résultat, et que la condition d'urgence est satisfaite car il a besoin de son titre de séjour pour pouvoir en demander le renouvellement avant le juillet 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, ses services ayant " relancé la fabrication du titre de séjour " de l'intéressé.

Par un mémoire en réplique enregistré le 28 juin 2024, M. A B, représenté par Me Place, conclut aux même fins en portant à 3.600 euros sa demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal (requête n° 2313248) du 23 janvier 2024 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 18 juin 2024, tenue en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Contivar, représentant M. B, requérant, absent, qui rappelle qu'il a bénéficié d'une attestation de décision favorable le 3 février 2022, que l'ordonnance du 23 janvier 2024 n'a pas été exécutée, qu'il doit avoir son titre de séjour car il le lui faut pour en demander le renouvellement et qui confirme la demande de liquidation de l'astreinte ;

- les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui confirme ses conclusions tendant au non-lieu.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'ordonnance susvisée du 23 janvier 2024, le juge des référés du présent tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète de Val-de-Marne de remettre à M. B son titre de séjour portant la mention " passeport talent - chercheur " dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, titre de séjour pour lequel elle lui avait délivré une attestation de décision favorable le 3 février 2022 tout en lui indiquant qu'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 2 septembre 2024 avait été mise en fabrication. Cette ordonnance n'a pas été exécutée et la carte de séjour jamais délivrée à l'intéressé. Par une nouvelle requête présentée le 17 juin 2024 sur le fondement des article L. 911-7 et L. 911-8 du code de justice administrative, M. B demande la liquidation de l'astreinte prononcée le 23 janvier 2024.

2. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif ". Aux termes de l'article L. 911-7 dudit code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ". Il résulte de ces dispositions que la liquidation de l'astreinte à laquelle procède le juge des référés se rattache à la même instance contentieuse que celle qui a été ouverte par la demande d'astreinte dont elle est le prolongement procédural. Dès lors, il appartient au juge des référés qui, par ordonnance prise sur le fondement des articles R. 921-6 et L. 911-4 du code de justice administrative, a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées. Il peut la modérer ou la supprimer, même en cas d'inexécution constatée sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Il peut enfin en augmenter le montant pour l'avenir, en cas d'inexécution.

Sur les conclusions aux fins de liquidation d'astreinte :

3. Il résulte de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne, qui s'est vu notifier l'ordonnance du 23 janvier 2024 ce même jour, ne l'a pas exécutée, ce qu'elle a d'ailleurs confirmé dans le cadre de la présente requête en indiquant, dans son mémoire en défense, qu'elle avait " relancé la fabrication du titre de séjour de Monsieur A B " le 19 juin 2024, sans indiquer aucune difficulté particulière à cette exécution.

4. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte ". Aux termes de l'article 1231-7 du même code : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. () ".

5. L'article L. 313-3 du code monétaire et financier dispose que : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire () ".

6. Dans ces conditions, en raison de cette carence de la préfète du Val-de-Marne dans l'exécution de l'ordonnance n° 2313248 du 23 janvier 2024, il y a lieu de prononcer la liquidation partielle de l'astreinte fixée par le juge des référés du présent tribunal, pour la période du 2 février au 18 juin 2024, soit pour une durée de 138 jours. Il y a lieu de fixer le montant de l'astreinte à liquider à hauteur de la somme de 6.900 euros, laquelle portera intérêts conformément aux dispositions rappelées aux deux points ci-dessus.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 2000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) est condamné à verser à M. A B une somme de 6.900 euros au titre de la liquidation partielle de l'astreinte fixée par l'ordonnance n°2313248 du 23 janvier 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Melun.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à M. B la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne et au ministère public près la Cour des Comptes.

Fait à Melun, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLe greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2407129