Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407161

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407161
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, complété le 17 juin 2024, Madame A B, représentée par Me Hasenohrlova-Silvain, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'enjoindre à la Caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne sur le fondement des articles 262-2 et 262-4 du Code de la sécurité sociale de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de verser les arriérés à compter du 06 février 2024 ;

2°) de mettre à la charge de la Caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne la somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité ukrainienne, elle est arrivée en France le 26 mars 2022, qu'elle a été reconnue bénéficiaire de la protection temporaire en tant que personne déplacée par la guerre, qu'elle a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour, que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne lui a reconnu un taux d'incapacité supérieur à 80 % mais que cela lui a été refusé par la Caisse d'allocation familiales le 28 juillet 2023, qu'elle a adressé un recours amiable le 2 octobre 2023, resté sans réponse, et qu'elle a formé un recours contre cette décision le 2 février 2024 devant le tribunal judiciaire de Versailles et que son audience a été reportée au 5 décembre 2024, qu'elle a déposé le 3 décembre 2023 auprès de la Caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne une demande de revenu de solidarité active mais que cela lui a été refusé le 6 février 2024, qu'elle a formé un recours préalable qui a été implicitement rejeté.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car cette décision la met dans une situation de particulière vulnérabilité alors qu'elle est handicapée et elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à une vie privée et familiale et à sa liberté de vivre dignement malgré son handicap et à bénéficier d'une égalité de traitement.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2024, la Caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a écarté sa compétence sur la demande présentée par Madame B

Vu :

- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil

- le code de l'action sociale et des familles,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 18 juin 2024, tenue en présence de

Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de

Me Hasenohrlova-Silvain, représentant Madame B, requérante, absente, qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite en raison de son état de santé , que l'allocation adulte handicapée lui a été refusée et qu'elle a fait un recours hiérarchique auprès du président du conseil départemental et qu'elle doit pouvoir bénéficier de soins médicaux.

Considérant ce qui suit :

1 Par une décision du 6 février 2024, la Caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a rejeté la demande de revenu de solidarité active adressée par Madame A B, ressortissante ukrainienne bénéficiaire de la protection temporaire. Un recours hiérarchique a été déposé auprès du président du conseil départemental du Val-de-Marne le 13 février 2024, resté sans réponse. Par sa requête enregistrée le 12 juin 2024, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit à la Caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne sur le fondement des articles 262-2 et 262-4 du Code de la sécurité sociale de réexaminer sa situation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3 Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4 Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5 Aux termes du dixième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 : " La nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ". En outre, aux termes du onzième alinéa de ce Préambule, la nation " garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ". Il découle de ces dispositions que la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme de dégradation est un principe à valeur constitutionnelle et une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6 Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 262-4 du même code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; 2° Être français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n'est pas applicable : a) Aux réfugiés, aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, aux apatrides et aux étrangers titulaires de la carte de résident ou d'un titre de séjour prévu par les traités et accords internationaux et conférant des droits équivalents ; b) Aux personnes ayant droit à la majoration prévue à l'article L. 262-9, qui doivent remplir les conditions de régularité du séjour mentionnées à l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale ; 3° Ne pas être élève, étudiant ou stagiaire au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation. Cette condition n'est pas applicable aux personnes ayant droit à la majoration mentionnée à l'article L. 262-9 du présent code ; 4° Ne pas être en congé parental, sabbatique, sans solde ou en disponibilité. Cette condition n'est pas applicable aux personnes ayant droit à la majoration mentionnée à l'article L. 262-9 ".

7 Il ressort des pièces du dossier que Madame B, ressortissante ukrainienne, est bénéficiaire en France de la protection temporaire au sens de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2021. Elle ne remplit donc pas les conditions citées à l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles pour bénéficier du revenu de solidarité activé. Par suite, l'atteinte qui a été portée à une liberté fondamentale n'est pas manifestement illégale.

8 Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Madame B ne pourra qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : Madame B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Madame B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B, au conseil départemental du Val-de-Marne et à la Caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2407161