Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407248
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407248 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Rapoport, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, d'une part, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle dans un délai de
sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, d'autre part, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer ou, subsidiairement, au rejet de la requête.
Vu :
-la requête n° 2407216 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 3 juillet 2024 à 10h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, et suspendue pendant dix minutes pour permettre à la requérante de prendre connaissance du mémoire en défense enregistré après qu'elle a débuté, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella ;
-les observations de Me Rapoport, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et a fait valoir en outre qu'il n'y avait pas de non-lieu à statuer du fait de la mise à disposition de la requérante d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dès lors qu'une décision implicite de rejet de cette demande était née et qu'aucune nouvelle décision statuant favorablement sur cette demande n'avait été ultérieurement prise ;
-et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. Mme A, qui est de nationalité camerounaise, a déposé le 22 septembre 2023, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande de renouvellement du titre de séjour dont elle était alors titulaire, à savoir une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 23 novembre 2022 au 22 novembre 2022. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par la préfète du Val-de-Marne.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne :
3. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, la circonstance que, postérieurement à l'introduction de l'instance, Mme A s'est vu délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle du 20 juin au 19 septembre 2024 n'est pas, en l'absence de retrait ou d'abrogation de la décision implicite de rejet en litige, de nature à priver d'objet l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressée, notamment celles tendant à la suspension de l'exécution de cette décision. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne ne saurait être accueillie.
Sur les conclusions de la requête :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige, Mme A invoque d'abord le bénéfice de la présomption mentionnée au point précédent. Elle fait en outre valoir qu'à défaut, malgré les démarches qu'elle a accomplies en ce sens en temps utile, de renouvellement de son dernier titre de séjour ou de délivrance d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de ce titre, elle ne peut plus ni justifier de la régularité de son séjour en France, ni exercer une activité professionnelle pour subvenir aux besoins de son fils, elle a par ailleurs été radiée de la liste des demandeurs d'emploi et elle se trouve enfin dans une situation financière précaire. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, l'intéressée a été mise en possession, postérieurement à l'introduction de l'instance, d'un document provisoire de séjour qui l'autorise à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle jusqu'au 19 septembre 2024. Cette circonstance est de nature à renverser la présomption mentionnée au point 4 et, plus largement, à faire obstacle à ce que l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme caractérisée en l'espèce.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 23 juillet 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : P. ZanellaSigné : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,