Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407417

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407417
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, M. B A, représenté par

Me de Seze, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de requalifier sa demande d'asile et de l'enregistrer en procédure normale dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me de Seze au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en précisant qu'au cas où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, cette somme lui sera directement versée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Le rapport de M. Zanella a été entendu au cours de cette audience, tenue le 21 juin 2024 à 14h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

2. Il résulte de l'instruction qu'après que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, du fait de l'inexécution, au terme du délai de dix-huit mois prévu par ces dispositions, de la décision de transfert vers l'Italie dont il avait fait l'objet le 1er juin 2022, M. A, qui est de nationalité soudanaise, s'est vu refuser à plusieurs reprises l'enregistrement de cette demande en procédure dite normale par le préfet de Seine-et-Marne au motif qu'il n'était pas domicilié auprès de la structure de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA) gérée par l'association Coallia à Melun. Sa requête tend, à titre principal, à ce qu'il soit enjoint à l'autorité en cause, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, d'enregistrer ladite demande en procédure normale.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "

4. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

5. D'une part, M. A, qui ne parvient pas, ainsi qu'il a été dit au point 2, à faire enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et, en conséquence, à se voir délivrer l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se trouve de ce fait privé des droits attachés à la qualité de demandeur d'asile, notamment celui de se maintenir sur le territoire français et celui d'y bénéficier des conditions matérielles d'accueil, alors qu'il n'est pas contesté que, s'il est hébergé, il ne dispose d'aucune ressource pour subvenir à ses besoins autres que l'hébergement. La condition d'urgence particulière prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit, par suite, être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande []. " Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande d'asile à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément. " Aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements, lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police. "

7. Il ne résulte ni des dispositions citées au point précédent, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire, non plus que d'aucun principe, que la circonstance qu'un étranger n'aurait pas élu domicile auprès de la personne morale conventionnée à cet effet dans son département de résidence serait de nature à dispenser le préfet de ce département d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans le délai prévu à l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit qu'en persistant à refuser d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale pour le motif rappelé ci-dessus au point 2 alors qu'il n'est pas contesté que l'intéressé réside en Seine-et-Marne, le préfet de ce département porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " /

10. M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la présente ordonnance. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions citées au point précédent du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros à Me de Seze, au titre des honoraires et frais que le requérant aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. Au cas où le bénéfice de cette aide ne serait pas définitivement accordé à l'intéressé, cette somme devra être directement versée à celui-ci au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me de Seze au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet1991. Dans le cas où M. A ne serait pas définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme devra lui être directement versée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me de Seze.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 21 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZanellaLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,