Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407516
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 23 juillet 2024, M. A E, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
3°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;
4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son avocat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. E soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente à cet effet ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'erreurs de droit, l'autorité préfectorale n'ayant pas examiné sa situation au regard des dispositions des articles L. 233-2 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- cette décision a été signée par une autorité incompétente à cet effet ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'autorité préfectorale n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sorte que cette décision est entachée d'une erreur de droit et est dépourvue de base légale ;
- cette décision elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité incompétente à cet effet ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité incompétente à cet effet ;
- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité incompétente à cet effet ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et dépourvue de base légale, en ce que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre pouvait seulement être assortie de l'interdiction de circulation sur le territoire français prévue à l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur dans l'appréciation portée sur sa situation et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 5 juillet 2024 au préfet de la Seine-Saint-Denis, ayant qualité pour représenter l'Etat en application des dispositions alors codifiées à l'article R. 776-20 du code de justice administrative, et représenté par le cabinet Centaure Avocats, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais a communiqué des pièces le 23 juillet 2024.
Par un mémoire enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés par le requérant n'étant fondé.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 9 et 22 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Leconte, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777 1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte ;
- les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar Adrien, représentant M. E assisté de M. D, interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, qu'un délai de départ volontaire aurait dû lui être accordé, en l'absence de risque de fuite, que par ailleurs, la décision fixant le pays de renvoi aurait dû prévoir la possibilité de son éloignement vers l'Espagne, et ajoute également que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;
- celles de M. E, assisté d'un interprète en langue bengali ;
- et celles de Me Dussaut, mandaté par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour représenter l'Etat en défense, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h06.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant bengladais né en 1987 à Sylhet (Bangladesh), est entré en France le 5 juin 2011. Il s'est vu délivrer un titre de séjour ensuite renouvelé, le dernier expirant le 1er septembre 2022, et a présenté une demande à fin de nouvelle délivrance d'un titre. Par un arrêté du 24 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise a opposé un refus à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans. M. E a été interpellé en Seine-Saint-Denis et placé en garde à vue le 11 juin 2024 dans le cadre d'une enquête pour des faits de recel de vol. Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a placé en rétention administrative, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 14 juin 2024 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 17 juin 2024. M. E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 précité.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. E détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :
4. M. E demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a refusé le séjour, décision contenue dans le même arrêté que celui contenant la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée et donc notifiée au même moment, laquelle est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En vertu des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative applicables au présent litige, lorsqu'un ressortissant étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise sur ce fondement ainsi que d'un placement en rétention administrative, il appartient seulement au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il a désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant d'accorder un délai de départ volontaire et, le cas échéant, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, à l'exclusion des conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour, dont la formation collégiale demeure saisie. Par suite, les conclusions de la requête de M. E présentées à fin d'annulation de la décision du 24 avril 2024 portant refus de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de cette instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions susvisées :
5. Les décisions susvisées ont été signées par Mme B C, cheffe de bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, à qui le préfet de ce département a donné délégation pour ce qui concerne chacune desdites décisions, par arrêté n° 2023-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'exception d'illégalité à raison de l'illégalité du refus de séjour :
6. Premièrement, Mme B C, cheffe de bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, avait délégation pour signer la décision portant refus de séjour contenue dans l'arrêté attaqué, consentie par le préfet du Val-d'Oise par l'arrêté cité au point précédent.
7. Deuxièmement, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait au regard desquelles la décision de refus de séjour a été prise et répond ainsi à l'exigence de motivation.
8. Troisièmement, tout d'abord, il n'est pas contesté par le requérant que la décision de refus de titre de séjour du 24 avril 2024 a été opposée à la demande de M. E présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à fin de se voir délivrer un nouveau titre de séjour dont le dernier était valable du 2 septembre 2021 au 1er septembre 2022. Il ne ressort ainsi d'aucun élément, ni même n'est allégué, que M. E aurait demandé son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de membre de famille d'une citoyenne de l'Union européenne. A cet égard, ne peut tenir lieu d'une telle demande la seule circonstance que M. E avait informé les services préfectoraux de sa situation de concubinage avec une ressortissante espagnole. Il en est de même, à l'évidence, de ce que, par un jugement n° 1806427 du 20 juillet 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en considération de la vie privée et familiale de M. E, a prononcé l'annulation, assortie d'une injonction à la délivrance d'un titre mention " vie privée et familiale " sous un mois, d'un arrêté du 31 mai 2018 par lequel l'autorité préfectorale avait opposé un refus à une précédente demande, présentée par l'intéressé le 20 avril 2018 sur le fondement des dispositions désormais codifiées à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de procéder d'office à un examen de la demande en litige sur le fondement de l'article L. 233-2 du même code. Ensuite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'autorité préfectorale devait, avant de refuser de lui octroyer le titre de séjour sollicité, instruire sa situation au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du même code, qui concerne les décisions obligeant un étranger à quitter le territoire français. Dans ces conditions et alors qu'en outre, il résulte des termes de l'arrêté attaqué un examen de la demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité, applicables à M. E, ce dernier ne démontre pas que la décision portant refus de séjour en litige serait entachée d'un défaut d'examen. Il s'ensuit que la branche du moyen relatif à l'illégalité de cette décision par voie d'exception, tiré d'un défaut d'examen et des erreurs de droit invoquées au regard des dispositions des articles L. 233-2 et L. 251-1 du code précité, doit être écartée.
9. Quatrièmement, à défaut de justifier avoir saisi le préfet du Val-d'Oise d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dès lors que l'autorité préfectorale n'a pas examiné d'office s'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement, M. E ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaîtrait ces dispositions.
10. Cinquièmement, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L.423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
11. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du bulletin n°2 du casier judiciaire de M. E que celui-ci a été condamné, le 4 juin 2019, à 10 mois d'emprisonnement avec sursis pour recel de bien provenant d'un vol commis le 24 avril 2018 soit six ans avant l'arrêté en litige. M. E a par ailleurs fait l'objet du prononcé, le 19 juin 2018, d'une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits commis le 23 juin 2017 tenant en des blessures involontaires n'excédant pas trois mois par conducteur de véhicule, conduite sans permis, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance ainsi que port d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ; les 26 mars 2019 et 9 juin 2020, d'amendes pour la commission de faits, les 20 janvier 2019 et 4 novembre 2019, à nouveau relatifs à une conduite sans permis et sans assurance ; et le 5 janvier 2023, d'une peine de six mois d'emprisonnement, assorti d'une interdiction de conduire un véhicule à moteur pendant huit mois, pour des faits commis en récidive le 4 janvier 2023 de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et conduite d'un véhicule sans permis, ainsi que pour fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire. Les circonstances précitées sont constitutives d'atteintes tant aux biens qu'aux personnes et les faits les plus récents, commis environ un an et trois mois avant l'arrêté en litige, l'ont été notamment en récidive, alors même que le comportement routier de M. E, sanctionné à plusieurs reprises, avait occasionné cinq ans plus tôt un grave incident. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale justifie d'éléments démontrant que la présence en France de M. E constitue une menace pour l'ordre public.
12. D'autre part, M. E fait valoir qu'il vit en concubinage avec une ressortissante espagnole depuis février 2016, et il ressort des pièces du dossier que de cette union sont nés en France cinq enfants, respectivement nés les 13 décembre 2016, 22 décembre 2018, 14 septembre 2019, 23 octobre 2020, 11 juin 2022. Le requérant soutient dans sa requête vivre avec ceux-ci et les deux enfants de sa concubine, issus d'une précédente union. Toutefois, l'intéressé n'apporte pas d'indications claires sur la situation familiale contemporaine de l'arrêté attaqué, du 24 avril 2024, en particulier sur le lieu de la vie commune invoquée, dès lors notamment qu'il est produit aux débats, simultanément, une attestation établie par la mère de ses enfants postérieurement à l'arrêté attaqué, le 18 juin 2024, certifiant héberger le requérant à Stains en Seine-Saint-Denis sans précision de date, ce alors qu'au demeurant le requérant, auditionné le 11 juin 2024 par les services de police, a mentionné être domicilié à une adresse à Saint-Denis, et une attestation du 18 mars 2024 indiquant que M. E vit hébergé dans le Val d'Oise chez un ressortissant béninois, sans mention d'un hébergement de toute la famille ; en outre, les allégations du requérant sont contredites par les mentions des certificats de scolarité 2023-2024 produits pour trois de ses enfants, aux termes desquels ceux-ci étaient alors scolarisés et domiciliés dans le Pas-de-Calais. Les informations fournies s'agissant des deux enfants issus d'une précédente union sont en outre lacunaires et il ne ressort d'aucun élément qu'ils soient " français de par leur père ". En l'état du dossier, il ne peut être retenu une vie commune à la date de l'arrêté, non plus qu'une contribution de M. E à l'éducation et à l'entretien de ses enfants en l'absence d'éléments probants à cet égard, ni des liens tels que la décision en litige visant M. E porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs. Par ailleurs, s'il est constant que M. E réside en France depuis juin 2011, compte tenu des faits répétés lui ayant valu les sanctions judiciaires précitées il ne ressort pas des pièces du dossier des conditions d'existence caractérisant une insertion profonde dans la société française.
13. Il s'ensuit que le requérant ne démontre pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige serait illégale à raison de ce que le refus de titre qu'elle assortit méconnaîtrait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation et porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le caractère disproportionné de l'atteinte à la vie privée et familiale s'apprécie en tenant compte du risque que peut présenter l'intéressé pour l'ordre public. Il en est de même pour ce qui concerne l'illégalité du refus de titre soulevée par voie d'exception au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, pour les raisons exposées au point précédent.
S'agissant des autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que la délivrance d'un titre de séjour est refusée à M. E. Cet arrêté énonce ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles se fonde la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle, dès lors, répond aux exigences de motivation résultant notamment de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
16. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
17. En outre, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
18. Au cas particulier, la décision susvisée fait suite à la demande de titre de séjour déposée par M. E, pour laquelle il indique qu'il a été reçu en rendez-vous le 16 septembre 2022, la préfecture produisant en outre une fiche de renseignement portant sur sa situation familiale signée le 20 janvier 2023 ; demande à l'appui de laquelle il incombait à l'intéressé, qui n'invoque pas qu'il aurait sollicité en vain un nouvel entretien avec les services préfectoraux, d'apporter les éléments utiles à l'examen de son droit au séjour. Or, le requérant ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes qu'il n'aurait pas été mis en mesure de porter à la connaissance de l'administration avant le 24 avril 2024, date de l'arrêté attaqué, et qui auraient pu faire aboutir la procédure administrative à un résultat différent. L'existence de telles informations ne ressort pas davantage des pièces produites aux débats, alors en particulier qu'il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale a pu se prononcer en connaissance de la situation familiale de M. E tenant à son union avec une ressortissante espagnole ainsi que de ses cinq enfants, l'intéressé mentionnant d'ailleurs qu'il a transmis aux services préfectoraux le passeport de sa concubine et les actes de naissance de ses enfants. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel qu'énonce à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
19. En troisième lieu, d'une part, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". D'autre part, l'article L. 251-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; () ".
20. Pour les mêmes raisons qu'énoncées au point 12, il n'est pas établi au vu des pièces produites que M. E vivrait à la date de l'arrêté contesté en concubinage avec une ressortissante espagnole et qu'ainsi, membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut d'examen et de l'erreur de droit au regard de l'article L. 251-1 du même code sont par suite à écarter.
21. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 11 à 13, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
22. Premièrement, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
23. Deuxièmement, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le motif pour lequel un délai de départ volontaire est refusé à M. E, tiré d'un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public. Cet arrêté énonce ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles se fonde la décision portant refus de délai de départ volontaire, laquelle, dès lors, répond aux exigences de motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
24. Troisièmement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté compte tenu des énonciations au point 12.
25. Quatrièmement, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant refus de départ volontaire se fonde sur les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur la circonstance que le comportement de M. E constitue une menace pour l'ordre public, soit le cas prévu au 1° de cet article. Compte tenu de ce qui a été dit au point 11, en retenant cette circonstance et en refusant un délai de départ volontaire, l'autorité préfectorale n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation, à supposer même une absence de risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
26. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".
27. Premièrement, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
28. Deuxièmement, le requérant n'apporte aucune précision à l'appui du moyen tiré de ce qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à un risque actuel encouru personnellement entrant dans le champ des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen ne pouvant dès lors qu'être écarté.
29. Troisièmement, l'arrêté attaqué précise que M. E doit être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou à destination de tout pays dans lequel il serait légalement admissible, à l'exception notamment d'un Etat membre de l'Union européenne. Si le requérant soulève à l'audience une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation à raison de ce que l'autorité préfectorale exclut ainsi la possibilité de son éloignement vers l'Espagne, il n'allègue ni n'établit y être légalement admissible. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
31. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
32. Si le requérant ne démontre pas contribuer à la date de l'arrêté attaqué à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, il produit néanmoins aux débats, tout d'abord, un jugement n° 1806427 du 20 juillet 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé, au motif de son droit au respect de sa vie privée et familiale, un arrêté préfectoral du 31 mai 2018 lui refusant un titre de séjour, le tribunal ayant notamment retenu à cet égard, à la date de l'arrêté alors contesté, une vie commune avec sa concubine, leur fille née en décembre 2016, âgée d'environ sept ans à la date de l'arrêté du 24 avril 2024 attaqué dans le cadre de la présente instance, ainsi qu'avec les deux enfants de sa concubine issus d'une précédente union. Ensuite, il ressort des pièces du dossier le jeune âge des enfants de M. E, dont les deux benjamins ont à peine trois ans et demi et un an et dix mois ; en outre, le requérant a reconnu la paternité des cinq enfants quelques jours après leurs naissances, de sorte que, en l'absence par ailleurs d'éléments en sens contraire, il est titulaire de l'exercice de l'autorité parentale à leur égard. Par ailleurs, le requérant produit le passeport espagnol de la mère des enfants et des deux plus jeunes enfants. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en litige, qui implique une entrave pour trois années à la possibilité de contacts présentiels en France ou au sein d'un Etat membre de l'espace Schengen, y inclus donc l'Espagne, entre M. E et ses enfants, ainsi qu'avec leur mère, co-titulaire de l'autorité parentale, procède d'une appréciation erronée de la situation familiale du requérant, nonobstant la commission par l'intéressé des faits répréhensibles mentionnés plus haut en considération desquels l'autorité préfectorale a fixé la durée de cette décision d'interdiction de retour.
33. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête à cet égard, M. E est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
34. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret cité ci-dessus : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ".
35. Il résulte de ces dispositions que le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté attaqué, implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise, ou tout autre préfet territorialement compétent, procède à l'effacement dans le système d'information Schengen du signalement de M. E aux fins de non-admission, sans délai à compter de la notification du présent jugement. L'annulation prononcée n'implique, en revanche, aucune autre injonction.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M.Em tendant à l'annulation de la décision du 24 avril 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions qui leur sont accessoires, à fin d'injonction sous astreinte et tendant au paiement des frais exposés non compris dans les dépens, sont renvoyées en formation collégiale.
Article 3 : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 24 avril 2024 est annulé en tant qu'il interdit à M.Em le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M.Em dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 24 avril 2024.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M.Em est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. AEm, au préfet de la Seine-Saint-Denis, au préfet du Val-d'Oise et à Me Namigohar.
Lu en audience publique le 23 juillet 2024 à 17h40.
La magistrate désignée,
Signé : S. LECONTE
La greffière,
Signé : MD. ADELON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis et au préfet du Val-d'Oise, en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. ADELON