Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407596
jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. B A, représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réétudier sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige a pour conséquence de prononcer son éloignement alors qu'il est pris en charge par l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne ;
- il a été scolarisé et est en attente d'un titre de séjour pour finaliser un contrat de travail avec l'entreprise au sein de laquelle il a effectué son apprentissage ;
- les actes civils dont il a justifié ont été obtenus des autorités ivoiriennes et ont donné lieu à la délivrance d'un passeport et d'une carte consulaire, alors que les irrégularités relevées ne concernent ni la sécurité de l'acte et de ses tampons, ni l'identité de ses signataires ;
- il a également remis un certificat de nationalité ivoirienne et une carte d'immatriculation consulaire considérés comme authentiques et conformes ;
- le préfet de Seine-et-Marne s'appuie sur une expertise osseuse du 21 février 2023 alors qu'elles sont largement remises en question et que le juge n'est pas tenu par les conclusions d'un expert ;
- ces expertises reposent sur des tables de référence anciennes et inadaptées, à défaut de prendre en compte l'histoire ethnique et culturelle du jeune mineur ;
- il a obtenu son titre professionnel Agent de restauration le 2 mai 2024 après avoir travaillé en apprentissage du 16 octobre 2023 au 31 mai 2024 au sein de la société
So Fooding, qui souhaite l'employer.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie, alors qu'il s'agit d'une première demande de titre ;
- la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. A ne peut pas être mise en œuvre, en conséquence du caractère suspensif du recours en excès de pouvoir formé contre l'arrêté ;
- M. A ne saurait faire valoir qu'il remplit les conditions posées par l'article
L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que sa situation ne relève ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels ;
- par un arrêt du 5 avril 2024, la cour d'appel de Paris a donné mainlevée du placement du requérant à l'aide sociale à l'enfance au motif que sa minorité n'est pas démontrée, alors que le 15 juin 2023, les services de la police aux frontières ont rendu un avis défavorable quant à l'authenticité des justificatifs d'état civil produits par M. A, et que l'expertise osseuse du 21 février 2023 conclut à un âge physiologique au-delà de 21 ans ;
- M. A vit en France depuis un an et ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancrée et stable sur le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 2 juillet 2024 à 14h00 en présence de
Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, dès lors que le recours en excès de pouvoir formé contre cette décision a pour effet de suspendre sa mise en œuvre, en application des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et les observations de Me Desenlis, représentant M. A, présent, qui soutient en outre qu'il se trouve plongé dans une situation inextricable alors qu'il pourrait travailler et en est empêché par la décision en litige, que le rapport d'expertise physiologique lui-même relativise ses conclusions, que l'expertise documentaire du 15 juin 2023 porte sur des mentions purement optionnelles puisqu'il ne peut pas être marié du fait de sa minorité, que les actes d'état civil produits ont été validés par l'ambassade qui a délivré un passeport sur leur base, alors que le certificat de nationalité, qui comporte les mêmes mentions, a été authentifié par l'expertise documentaire.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
Sur l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de renvoi :
1. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ".
2. L'enregistrement d'un recours en excès de pouvoir formé à l'encontre de l'arrêté du 20 octobre 2023 a pour effet de suspendre la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français qui l'assortit, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, jusqu'à ce qu'une décision au fond soit définitivement prise par la juridiction administrative. Il s'ensuit que les conclusions aux fins de suspension de la mesure d'éloignement et de la détermination du pays de renvoi sont irrecevables.
Sur le surplus des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
4. M. A, ressortissant ivoirien qui déclare être né le 12 juin 2006 à Binao (Côte d'Ivoire), entré en France le 18 janvier 2023, a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, a obligé le requérant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. A demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet de Seine-et-Marne a considéré que le requérant ne remplit pas les conditions posées par les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles le demandeur doit avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de 16 et 18 ans, dès lors que par un arrêt du 5 avril 2024, la cour d'appel de Paris a prononcé la mainlevée du placement de M. A. Au regard des éléments produits par les parties, le moyen soulevé par la requête n'est pas de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle le préfet de
Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,