Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407621

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407621
TypeDécision
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2024, M. C D H, détenu au centre de détention de Melun, représenté par Me Aguirre Gutierrez, demande au tribunal d'annuler les décisions du 11 juin 2024 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de cinq ans.

M. D H doit être considéré comme soutenant que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est entachée d'incompétence ;

* est entachée d'une exception d'illégalité ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination :

* porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

* est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est admissible sur le territoire espagnol ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D H n'est fondé.

Une mesure d'instruction a été faite à destination du préfet de Seine-et-Marne le 11 juillet 2024, lue à 11 heures 25 sur TéléRecours à laquelle ce dernier n'a pas daigné répondre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale (refonte) ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

M. D H et le préfet de Seine-et-Marne n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h05.

Considérant ce qui suit :

1. M. D H, ressortissant colombien, né le 6 septembre 1975 à Bogota (République de Colombie), est entré en France au cours de l'année 2010 muni d'un passeport colombien en cours de validité et d'un titre de séjour espagnol en cours de validité selon ses déclarations. L'intéressé a été condamné le 13 février 2023 à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un avec sursis probatoire pour une durée de deux ans par le tribunal judiciaire de Nanterre pour des faits d'agression sexuelle imposée à un mineur de 15 ans et d'agression sexuelle sur une personne vulnérable, et a été écroué au centre de détention de Melun. Par arrêté du 11 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de cinq ans. M. D H demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 11 juin 2024.

2. Il y a de noter à titre liminaire que les documents transmis à l'appui de la requête sont flous et souvent difficilement lisibles et plusieurs d'entre eux sont en langue espagnole et non assortis d'une traduction en français en sorte que le juge n'est pas à même de les exploiter.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".

4. En premier lieu, par un arrêté n° 24/BC/021 du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-26-04-2024 du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme G I, directrice de l'immigration et de l'intégration, délégation de signature aux fins de signer la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le moyen soulevé ainsi qu'il suit : " La décision ordonnant la décision d'OQTF prise sur ce fondement est elle-même entachée d'illégalité " présentée sous le titre " Sur l'exception d'illégalité " est inintelligible. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Si, dans ses arrêts des 13 mai 2003 (Chandra c. Pays Bas, n°53102/99) et 6 juillet 2006 (Yash Priya c. Danemark, n°13594/03), la Cour européenne des droits de l'homme a estimé que les ressortissants étrangers qui, sans se conformer aux règlements en vigueur, mettent par leur présence sur le territoire d'un État contractant les autorités de ce pays devant un fait accompli, ne peuvent d'une manière générale faire valoir une espérance légitime qu'un droit au séjour leur sera accordé, la Cour a précisé dans son arrêt du 21 juin 1988 (Berrehab c. Pays-Bas, n° 10730/87,

25 à 29 ; voir également 26 mars 1992, Beldjoubi c. France, n° 12083/86, § 79), que l'ingérence d'un État contractant à la Convention au droit à la vie privée et familiale d'un étranger en situation irrégulière sur son territoire, au sens des stipulations précitées, doit être justifiée par un besoin social impérieux et, notamment, proportionnée au but légitime poursuivi. Ainsi que la Cour l'a précisé (Grande chambre, 24 janvier 2017, Paradiso et Campanelli c/ Italie, § 181), " pour déterminer si une ingérence est "nécessaire, dans une société démocratique", il y a lieu de tenir compte du fait qu'une marge d'appréciation est laissée aux autorités nationales ", dont la décision demeure soumise aux juridictions nationales, et à la Cour si elle est saisie, compétentes pour en vérifier la conformité aux exigences de la Convention (22 avril 1997, X, Y et Z c. Royaume-Uni, Recueil 1997-II, § 41). Lorsque l'étranger de la cause a un enfant mineur sur le territoire de l'État concerné, la Cour a précisé que le point décisif consiste à savoir si le juste équilibre devant exister entre les intérêts concurrents en jeu -ceux de l'enfant, ceux des deux parents et ceux de l'ordre public- a été ménagé, dans les limites de la marge d'appréciation dont jouissent les États en la matière et donc sous le contrôle du juge, en tenant compte toutefois de ce que l'intérêt supérieur de l'enfant doit constituer la considération déterminante et, à ce titre, l'intérêt supérieur de l'enfant peut, selon sa nature et sa gravité, l'emporter sur celui des parents dont l'intérêt, notamment à bénéficier d'un contact régulier avec l'enfant, reste néanmoins un facteur dans la balance des différents intérêts en jeu (CEDH, 6 juillet 2010, Neulinger et Shuruk c. Suisse, n° 41615/07, § 134 ; CEDH, 10 avril 2012, Pontes c. Portugal, n° 19554/09, § 75). La Cour de justice de l'Union européenne a également précisé que le paragraphe 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne prévoit que, dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale en sorte qu'il s'ensuit qu'une telle disposition est, elle-même, libellée en des termes larges et qu'elle s'applique à des décisions qui, telle une décision de retour adoptée contre un ressortissant d'un pays tiers, parent d'un mineur, n'ont pas pour destinataire ce mineur, mais emportent des conséquences importantes pour ce dernier, constat confirmé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, auquel se réfèrent expressément les explications relatives à l'article 24 de la Charte (CJUE, 11 mars 2021, aff. C-112/20, M. A contre État belge, points 36 et 37). Il s'ensuit que le juge doit opérer une appréciation entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale, l'intérêt général eu égard notamment aux agissements passés de l'étranger mais également de l'intérêt supérieur de l'enfant de ce dernier.

9. M. D H fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y est arrivé au cours de l'année 2010 muni d'un passeport colombien en cours de validité et un titre de séjour espagnol en cours de validité en sorte qu'il était dispensé de visa pour entrer dans l'espace Schengen, qu'il y a établi une vie familiale avec sa compagne, Mme J E, de nationalité colombienne et titulaire d'un titre de séjour espagnol et leurs deux enfants F née le 3 août 2016 en Espagne et de nationalité espagnole et B né le 13 janvier 2022 en France, qu'il dispose d'une adresse stable à Alfortville et qu'il est donc père de deux enfants mineurs dont il s'occupe de l'entretien ainsi que son épouse. Toutefois et premièrement, il est de jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l'homme que la seule durée de présence d'un ressortissant étranger sur le territoire ne justifie pas l'existence d'une vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99 ; 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03). O, à cet égard, il n'apporte aucun élément sur sa durée de présence en France. Deuxièmement, à supposer, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, que l'intéressé soit effectivement le père de la jeune F alors qu'il est certain qu'il est le père du jeune B, il est constant que la jeune F est scolarisé en classe primaire. Par ailleurs, la seule naissance en France du jeune B n'en fait pas, selon le code civil, un ressortissant français. En outre, il n'apporte aucun élément justifiant qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Troisièmement, il ne justifie pas la communauté de vie avec sa compagne. Quatrièmement, ainsi qu'il a été dit au point 1, il a été condamné une lourde peine pour des faits d'agressions sexuelles sur mineur ce qui est grave en sorte que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, M. D H ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et rien ne s'oppose à la reconstitution hors de France de sa cellule familiale, à la supposer existante ce qui n'est pas démontrée, avec sa compagne, également colombienne, dont la régularité du séjour en France n'est pas établie, et leurs enfants âgés seulement de 8 et 2 ans. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. D H n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Le préfet de Seine-et-Marne n'a davantage pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

11. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. La motivation de la décision attaquée, en sus de la citation de l'article L. 612-10 précité, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Dans ces conditions, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. D H, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à cinq ans, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations. Par suite, les moyens titrés de l'erreur manifeste d'appréciation, de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. (). ".

14. Alors qu'il présente à l'appui de sa requête un titre de séjour espagnol portant la mention du régime communautaire et valable jusqu'au 9 octobre 2028 et qu'il soutenait dans sa requête pourvoir être légalement admissible au Royaume d'Espagne, le préfet de Seine-et-Marne n'apporte aucun argument en défense sur ce point de droit soulevé, y compris lorsque le tribunal lui en a fait la demande ainsi qu'il a été précisé dans les visas du présent jugement. Le préfet n'apporte en défense aucun élément permettant de s'assurer que M. D H a pu être entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté ce qui aurait permis de vérifier si le requérant avait sollicité éventuellement un éloignement vers le Royaume d'Espagne. Or, si, en défense, le préfet soutient que " En sus, l'arrêté en cause oblige le demandeur à quitter le territoire français pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il serait admissible. " en sorte qu'" Ainsi, le requérant ne démontre pas qu'il serait dans l'impossibilité de séjourner dans un pays sûr. ", force est de constater que la simple lecture de l'article 1er du dispositif de l'arrêté contesté contredit, dans ce dossier, les propos du préfet en ce qu'il lui interdit le retour dans un " État membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse " ce qui inclus le Royaume d'Espagne. Ainsi, le requérant est fondé, à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est illégale en tant qu'elle ne lui permet pas un éloignement vers le Royaume d'Espagne.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D H est fondé à demander l'annulation de la seule décision du 11 juin 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en tant qu'elle ne permet pas de l'éloigner vers le Royaume d'Espagne, mais pas les autres décisions de la même autorité l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui interdisant de retour pour une durée de cinq ans.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 juin 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en tant qu'elle ne permet pas de l'éloigner vers le Royaume d'Espagne est annulée sans qu'il soit dispensé de son obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C D H est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D H et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon