Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407649

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2024, le rectorat de la région académique d'Ile-de-France, représenté par Me Bertrand Couette, demande au juge des référés de désigner un expert sur le fondement des dispositions de l'article R. 531-1 du code de justice administrative, ayant pour mission de :

- se faire communiquer tous documents et pièces qu'il jugera utiles à l'accomplissement de sa mission, entendre tous sachants ;

- procéder au constat de la nature et de l'étendue des non-conformités, défauts et désordres affectant les façades à ossatures bois (FOB), les bardages, ainsi que l'étanchéité à l'eau et à l'air des locaux en cours de construction ;

- assister le cas échéant aux opérations d'assèchement des FOB et de reprise des

étanchéités ;

- établir un constat des opérations ainsi réalisées et préconiser éventuellement toutes mesures utiles à la bonne fin des travaux en cause et, plus généralement, fournir tous éléments techniques et de faits de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie d'être précisément informée des conditions de réalisation ainsi que des non-conformité, défauts et désordres affectant le lot 2.1 FOB et Bardages ou susceptibles d'affecter les façades et l'étanchéité de l'immeuble en cours de construction.

Il soutient que :

- l'expertise sollicitée est utile et urgente dès lors que la mise en service de l'immeuble de bureaux en construction depuis juin 2022 dans la ZAC de Créteil L'Echat (Val de Marne), destiné à accueillir les services du rectorat de Créteil, de la DSDEN du Val de Marne et le CROUS, subit un retard d'un semestre au regard du calendrier fixant initialement la réalisation à 24 mois ;

- les rapports du maître d'œuvre, du bureau d'études et du bureau de contrôle font état d'importants défauts dans la mise en œuvre des façades de l'immeuble en cours de construction, qui affectent les ossatures bois et les bardages, et par ricochet, les menuiseries extérieures ;

- l'entreprise chargée des travaux ne veut pas remédier aux défauts constatés dont elle conteste tant la nature et l'étendue que les conditions de réintervention et poursuit les travaux de manière à ce que les désordres ne puissent plus être constatés ;

- il est urgent pour lui de disposer d'un constat de la nature et de l'étendue ces défauts ainsi que des conditions de leurs reprises pour pouvoir faire réaliser les travaux nécessaires à la remise en état, soit par l'entreprise, soit à ses frais et risques par l'intervention d'un tiers.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A, première vice-présidente, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 531-1 du même code : " S'il n'est rien demandé de plus que la constatation de faits, le juge des référés peut, sur simple requête qui peut être présentée sans ministère d'avocat et même en l'absence d'une décision administrative préalable, désigner un expert pour constater sans délai les faits qui seraient susceptibles de donner lieu à un litige devant la juridiction. /() ".

2. En premier lieu, le constat ne peut par nature porter que sur un objet précis et clairement délimité. En se bornant à demander que l'expert ait pour mission d'examiner les défauts et désordres affectant les façades à ossatures bois (FOB), les bardages, ainsi que l'étanchéité à l'eau et à l'air des locaux en cours de construction, le rectorat de la région académique d'Ile-de-France ne précise pas suffisamment les faits dont il sollicite la constatation.

3. En deuxième lieu, et en tout état de cause, le rectorat de la région académique d'Ile-de-France dispose déjà d'éléments lui permettant de préserver ses droits, dès lors qu'ont déjà été établis un rapport du maître d'œuvre du 17 juin 2024, ainsi que de nombreux rapports du bureau d'études façade et du contrôleur technique établis au fil des travaux entre avril 2023 et mai 2024 portant notamment sur le contrôle de l'humidité et les points défectueux identifiés.

4. En dernier lieu, le juge des référés statuant en application de l'article R. 531-1 du code de justice administrative ne peut ordonner des mesures excédant le simple constat visuel d'une situation existante et d'un état des lieux. Dès lors, les questions tendant à demander à l'homme de l'art de constater des non-conformités et de fournir tous éléments techniques et de faits de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie d'être précisément informée des conditions de réalisation ainsi que des non-conformités, défauts et désordres, en ce qu'elles impliquent de la part du technicien d'examiner les pièces contractuelles et les conditions d'exécution du marché, excèdent les missions de constatation qui peuvent être confiées à l'expert sur le fondement des dispositions précitées au point 1. Pour les mêmes motifs, l'expert ne peut être chargé d'assister à d'éventuels travaux réparatoires à venir, d'en établir un constat ou de préconiser des mesures utiles à la bonne fin des travaux.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la demande d'expertise présentée par le rectorat de la région académique d'Ile-de-France ne peut être regardée comme répondant à la condition d'utilité requise par les dispositions précitées de l'article R. 531-1 du code de justice administrative et doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du rectorat de la région académique d'Ile-de-France est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au rectorat de la région académique d'Ile-de-France.

Fait à Melun, le 9 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé : S. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

le greffier,